Réponse à Alain / les symboles
Sujet: Réponse à Alain / les symboles De: orange.ch (l' arobase) orange.fr (Christian ORANGE) Groupes: fr.lettres.ecriture
Organisation: les newsgroups par Orange
Date: 26. Jun 2008, 17:25:55
** SYMBOLES **
Je n'aime pas les symboles, je me méfie d'eux. Qui dit symbole dit utilisation de ce symbole, et celle-ci me gêne toujours, ne me paraît jamais tout à fait avouable.
Un symbole n'existe, n'a de sens que par son utilisation. Sans utilisation, il n'y a pas de symbole. Or, les symboles, tous les symboles, sont des moyens de détournement des masses humaines, un accaparement des majorités "silencieuses" en les formant à des idées qui ne sont pas les leurs.
Les symboles sont plus ou moins haïssables.
Certains paraissent anodins, tel le squelette avec sa faux, pour la mort. Sous l'aspect attirant de la moisson s'y cache l'admission du nombre, de la mort en nombre, de la mort de masse, idée affreuse. Il cherche à nous faire admettre l'hécatombe, le massacre, en fait l'horreur à l'état pur.
Prenons un autre cas: la livrée des garçons de café ou des serveurs de restaurant. Symbole de la notion de service, la livrée dit "j'appartiens à celui-ci (mon patron) et je suis au service de celui-là (mon oeil!)". On voit tout de suite les problèmes: volonté d'appropriation, désir de plaire au client, et les conséquences ne se font pas attendre: soit une servilité qui n'aurait pas besoin de cela ou au contraire une "revanche" du "livré" par le mépris vis-à-vis de ce client qui dépend de lui pour manger, boire... et finalement une mauvaise mentalité qui s'installe.
Le cas de la livrée est exemplaire en ce qu'elle nous révèle directement l'ambiance du passé (où elle était généralisée) dans laquelle elle nous plonge.
Avec ses blasons, sceptres, la richesse des vêtements, les livrées, cérémonies diverses... la féodalité et la royauté s'appuyaient à tous points de vue sur autant de symboles pour asseoir leur autorité, servir leurs intérêt matériels directs et égoïstes.
En creusant bien, on trouve un peu pareil autour de tous les symboles: un reflet, une survivance, une influence persistante du passé, l'aliénation des intérêts d'autrui à des fins personnelles ou de classe.
Les drapeaux sont des symboles. Je hais les drapeaux, même les drapeaux rouges!
Plus ils sont grands, plus ils me gênent. Ils représentent pour moi le passé, le chauvinisme, l'aliénation des classes pauvres, des esprits simples.
Ils me gênent d'autant plus quand ils sont portés à bout de bras, dans les cortèges... car alors, confortés par le symbole de la cérémonie, ils incarnent d'autant mieux le fanatisme qu'ils provoquent, ce qui est leur but premier.
En fait, je les hais en eux-mêmes, comme symboles à l'état pur, mais encore plus violemment pour leur action « fanatisante ».
Encore, certains drapeaux sont-ils gais, sympathiques par leur assemblage de couleurs, comme celui de la Roumanie, avec ce jaune de "liaison" entre le bleu et le rouge qu'il réconcilie. Mais d'autres sont sinistres, comme les noir et rouge par exemple, ou froids, réfrigérants comme les bleu-et-blanc, ou pire encore, comme les bleu-blanc-rouge, assemblage de couleurs à la fois froid et criard, froid et inesthétique.
Plus ils sont grands, plus ils sont foncés, et plus je les trouve morbides!
Je hais les symboles, je hais les drapeaux, comme je hais les religions et tout ce qui se rapporte aux croyances aveugles. Elles sont toujours introduites par un homme (ou un groupe) en vue du profit personnel. De même je hais les "meneurs d'hommes" qui sont des "symboles vivants", en fait, autant de dangers publics.
Les mots sont des symboles. Dire que tous sont haïssables serait donc exagéré. Mais quand ils le sont, ils le sont bien!
Prenons le mot Négro. C'est la création de colons racistes. Il est tout empreint d'un principe de supériorité de la "race blanche", de la puissance colonialiste et dominatrice du puissant. C'est un mot affreux quand il n'a que son sens, sa connotation originaux.
Mais, fort heureusement, la victime d'un mot dur ou péjoratif se venge parfois en l'adoptant, ou même en le retournant. Superbe et douce "vengeance" qui consiste à revendiquer sa faiblesse, sa dépendance, sa différence,...
Nous, les Négros, nous sommes tels que... Nous, (représentants) syndicalistes ne craignons pas de négocier...
L'adoption d'un mot, à l'origine péjoratif, par sa victime est toujours une victoire! souvent une difficile et parfois amère victoire, mais une victoire.
Il y a autre chose: les déviations du sens du mot, qui peut devenir un aveu de tendresse ou d'amour, souvent le salut à la différence acceptée et aimée. L'intonation donnée au mot accompagnera, précisera son sens. C'est le mot Negro utilisé par un "Blanc" sauvé par son ami "Noir" qui a risqué sa vie ou récolté pour lui une blessure et engueule en l'appelant ainsi avec douceur ou une fausse dureté celui qui l'a secouru.
Oui! le ton, le contexte peuvent changer, retourner complètement le sens d'un mot, ou lui ôter simplement son indésirable connotation d'origine. C'est toute l'histoire de cet Indien d'Amérique du sud qui traite son pareil d'Indio(1)... pour s'être fait rouler...
Evidemment les mots les plus durs, les mots racistes, indélicats, grossiers ne peuvent pas être "retournés" tous les jours. Appeler Négro son ami à la peau noire ne peut être gentil, tendre, qu'exceptionnellement.
Le plus souvent, le mot sera retourné sous l'effet d'une forte émotion (chagrin, peur, surprise) dont il sera en même temps l'expression, et saluera un comportement ressenti comme lié à une différence de personnalité, d'origine... à un sentiment d'amitié plus ou moins teintée d'incompréhension.
Engueuler, sous l'effet de l'émotion, celui qui vous aide, vous porte secours, vous montre de l'amour, qui vous tire d'embarras en se mettant lui-même en danger... permettent ce retournement du sens de mots péjoratifs.
Hélas, dans les milieux de faible culture cette pratique tend parfois à se systématiser. Ainsi ces enfants qui appellent leurs parents "les vieux". C'est gentil une fois, à l'occasion, pour peu que cela permette un jeu de mots en relation avec une situation particulière... Le renouvellement, l'utilisation systématique comme surnom traduiront au moins autant (si ce n'est plus) leur faible culture, leur expression trop "laisser-aller" que la tendresse qu'ils veulent exprimer... et il y a toujours danger d'ambiguïté sur le sens du mot, risque de basculement inverse du mot vers sa connotation première indélicate.
On aurait tord de croire que le vocabulaire que nous avons à notre disposition est neutre. Fait de symboles dont certains nous apparaissent facilement, il en cache bien d'autres qui échappent à notre attention et n'en sont pas moins présents. Le vocabulaire, notre langue, faite de l'assemblage de ces symboles exercent une influence profonde et cachée à notre attention sur notre comportement, notre façon de penser.
La plus grande partie de ce vocabulaire venant d'un passé relativement lointain nous rattache à ce passé, nous en rend tributaires. Alors que nous croyons raisonner clairement, voire objectivement, juger sereinement, le vocabulaire que nous utilisons donne indépendamment de notre volonté, une orientation à notre pensée, sans que cela n'apparaisse même à notre conscience.
L'habitude est une seconde nature. Notre vocabulaire étant globalement orienté (et non neutre), il tend à définir une "normalité" qui nous paraît être notre "naturel", mais n'est que l'effet de cette influence ou du moins est déplacée par l'effet de cette influence.
N'étant pas un spécialiste des questions linguistiques, je me garderai d'énoncer des affirmations par trop générales. Mais considérons le cas de notre vocabulaire et de "La Religion" par exemple.
Ce simple singulier et cette majuscule qui nous viennent pour exprimer cette idée nous indiquent que nous voyons, dès le départ la religion catholique avant tout, et non les religions en général.
Les mots qui viennent pour parler de personnes qui refusent la croyance en un dieu sont: athée, athéisme, incroyant, mécréant, infidèle... Ces mots créent en eux-mêmes un "problème" pour le non-croyant, comme s'il manquait quelque chose à l'homme parce qu'il n'est pas croyant (par la présence de ce "a" privatif, de ce in,...), comme s'il était anormal.
La question est prise à l'envers (j'ai failli dire une fois de plus car c'est systématiquement le cas ou presque pour les questions de métaphysique et de religion).
Objectivement, c'est le "non-croyant", la "non-croyance" (non-crédulité) qui sont normaux, partant de l'état naturel de l'homme qui est l'état animal, les croyances étant des ajouts, et non le fait de ne pas croire qui serait a-normal comme un manque. Nous sommes obligés d'utiliser une négation pour exprimer cette idée! ce qui montre clairement que notre mot, notre phrase courante sont faits pour exprimer, normaliser, banaliser la croyance.
Objectivement, ce sont ceux qui croient qui sont (avec la croyance en un ou plusieurs dieux) a-normaux, en ce sens qu'ils attachent leur comportement, leur sens de la vie, leurs "Valeurs", à l'existence hypothétique d'un dieu, d'un paradis... ou autres, que rien dans la nature, dans ce qui apparaît à nos sens ni à notre entendement, à notre raisonnement objectif ne vient confirmer ni étayer.
Le fait de traiter d'incroyant, d'athée,... celui qui n'a pas de dieu induit implicitement que c'est le fait de croire en Dieu qui serait normal et non le contraire...
La question est bien prise à l'envers!
Pour s'en persuader il suffit encore de remarquer que prendre la situation de croyance comme normale, donc implicitement son contraire comme anormal, pourrait éventuellement être justifié s'il n'y avait qu'un seul dieu indiscuté. Et... c'est en effet plus ou moins et d'un point de vue pratique, la situation qui prévalait lors de la création, dans les siècles passés, de notre vocabulaire actuel.
Or, à l'échelle du monde, les dieux sont légions. La normalité, ou plutôt notre naturel pour utiliser un vocabulaire plus précis, est donc bien l'incroyance... en dépit du vocabulaire... athée, incroyant, sans foi.... tendant à indiquer un manque (d'une chose normale), cette carence ou cette orientation du vocabulaire maintient artificiellement, mais très efficacement, les religions (et en particulier la religion dominante) en vigueur.
Ainsi les gouvernements des pays Arabes nous considèrent comme chrétiens, même si nous ne sommes pas croyants; ils ont raison, en ce sens que notre comportement, malgré nous, est influencé par "La Religion" qui a longtemps dominé notre société et l'a profondément marquée en particulier par le biais de son vocabulaire.
Nous le sommes en quelque sorte malgré nous, en fait inconsciemment, du fait de l'orientation de notre vocabulaire à laquelle nous ne prêtons généralement pas attention, mais qui a marqué nos coutumes, nos habitudes, notre mentalité, nos lois...
Nos journalistes actuels, en jouant sur ce vocabulaire, rejettent explicitement cette normalité du non-croyant comme caractéristique des états ou partis "totalitaires" (facile sujet d'attaque contre les partis de gauche qui nient les religions). Ils utilisent pour le faire, au maximum, les effets permis par ce vocabulaire, pour nous faire apparaître comme naturel ce qui n'est que normal en fonction d'une société qui était celle du pays dans le passé.
En effet, notre vocabulaire venant du passé induit une normalité qui est celle de nos ancêtres, donc une normalité de Religion, une normalité qui, de façon plus générale, nie les phénomènes communs ou scientifiques et acquis sociaux, surtout les plus récents.
Le vocabulaire est, par essence, conservateur.
Le vocabulaire courant est rétrograde et nos politiques, nos journalistes lorsqu'ils créent de nouveaux mots le font pour servir leur orientation politique (qui leur paraît naturelle) sans qu'ils aient même l'impression d'agir partialement.
Le vocabulaire ainsi créé par l'autorité en place, dans ses diverses expressions, concourt donc toujours à induire une normalité implicite: celle de l'autorité établie (autorité politique, religieuse, morale, économique...) sans même que nous en soyons conscients à moins de se poser, comme nous ici, expressément la question.
Le lecteur a pu être choqué de prime abord par mon attaque frontale contre les symboles, lui trouver un côté agressif ou paradoxal. C'est que la liberté de jugement, d'analyse est toujours bien suggérée, dans notre discours courant, comme contraire à la "normalité", à la direction que les autorités passées (et même présentes) de notre société, impriment à notre expression, qu'elle se heurte nécessairement à cet a priori que constituent notre vocabulaire, nos symboles... Et, lorsque je me relis, il m'arrive assez souvent de constater... que je n'arrive pas toujours à y échapper!
(1) - pris par le Blanc comme équivalent de notre mot français idiot ou imbécile.
Ch
| Date | Sujet | | Auteur |
| 01.01. | | | |
|
| actualité |
atelier d'écriture pour adultes et adolescentsLyon-Communiques.com (Communiqués de presse) - Il y a 3 heuresL'association lyonnaise au fil de la langue propose des ateliers réguliers d'écriture pour adultes et adolescents à la Croix Rousse, rue Grognard dans le ... |
|
| source |
|