Thierry Schollier <snabuun@alussinan.org> wrote:
Yves Lambert nous disait ici-même:
Je ne m'étonne plus que vous refusiez de consulter la « pénible » histoire
de Laurent Chemla.
Mid ? Uri ?
Il y a le début dans la FAQ de frh, la suite était sur Freenix, mais je ne
crois pas que ce soit encore trouvable.
Bon, moi, j'ai plein de choses en stock, donc zou :
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Une bien pénible histoire (Par Laurent Chemla)
Paru dans le numéro 5 de Planète Internet
Je ne connaissais pas celui-ci et je me permets de commenter ce que dit
Laurent (et ce sera ma seule contribution à ce débat).
Durant l'été, certains groupes de discussion d'Usenet (fr.soc.divers et
soc.culture.french surtout) ont été perturbés pas l'arrivée d'articles
racistes, anti-sémites et révisionnistes.
Je me permets de souligner : "racistes, antisémites et révisionnistes".
Je ne sais pas en droit belge (référence au citateur, Thierry Schollier)
mais, en droit français, la motivation raciste est une circonstance
aggravante de plusieurs délits et crimes.
Quant au révisionnisme, il fait l'objet d'une incrimination
particulière.
Ceci dit, continuons à lire...
Leur auteur, postant ses 'oeuvres' depuis un accès commercial belge, ne fut
pas très long a perdre son compte. Des plaintes envoyées à son fournisseur
et mettant en cause sa responsabilité ont rapidement porté leurs fruits
(même si cette responsabilité n'est pas aujourd'hui établie, légalement).
De tels faits n'ont malheureusement rien de spécifique à Usenet, et
n'auraient pas leur place ici si quelques jours plus tard, une autre
personne (M. Serge Bayet) n'avait posté des blagues dites "racistes" dans un
groupe dédié à l'humour (fr.rec.humour).
Ha, des "blagues racistes" ("c'était juste de l'humour, monsieur le
juge").
Comme si le fait que ce soit "pour rire" soit une excuse au racisme.
Ces blagues, toutes fort connues, et toutes (c'est le moins qu'on puisse
dire) de très mauvais goût, n'auraient habituellement rien causé d'autre à
leur auteur qu'une simple réprobation.
Ben voyons :-(
Mais, ayant été postées depuis le
même site commercial, et quelques jours après, elles ont reçu un accueil
encore plus violent que ces articles racistes. Et M. Bayet a appris à ses
dépends que Usenet n'était pas un endroit aussi anodin qu'on le lui avait
fait croire.
Voilà.
Usenet est "la vraie vie"..;
En effet, les plaintes des lecteurs, qui se sont sentis particulièrement
agressés par cette avalanche d'obscénités, sont parvenues sur le bureau du
directeur du Conservatoire Royal de Liège. Serge Bayet, en effet,
s'identifiait dans la signature de ses messages comme un étudiant de ce
conservatoire. Un peu trop tôt, puisque la rentrée n'avait pas encore eu
lieu. Et que lors de cette rentrée, justement, son admission fut refusée au
motif qu'il était un raciste notoire.
Bon.
Je ne sais pas ce qu'est ce conservatoire mais le simple racisme est-il
un motif suffisant en Belgique pour refuser à une personne le droit de
devenir étudiant ?
Depuis la rentrée, Serge Bayet tente de retrouver sa place. Il a, voici
quelques jours, demandé le soutien de ceux qui l'avaient dénoncé, en postant
un appel à l'aide dans les mêmes groupes. Les réponses obtenues devant être
présentées à l'administration du conservatoire. Il plaide d'ailleurs sa
cause, avec l'aide d'un avocat, au moment même où j'écris ces lignes. Nul
doute que la fin de cette affaire ne nous soit dévoilée la où elle a pris
naissance: sur Usenet.
Serge Bayet, quand on l'interroge, explique volontiers qu'il ne pensait pas
à mal en postant ses 'blagues', et qu'il aurait cessé si la réprobation
avait été plus claire (certains lecteurs disaient apprécier, à l'époque).
Hein ?
Il ne savait pas que ses blagues étaient racistes ?
Et, si je comprends bien, s'il les avait racontées devant une
assistance de néo-nazis qui l'auraient applaudi avec enthousisme, il
n'aurait fait aucun mea culpa ?
Il
dit aussi qu'il aurait probablement évité son geste s'il avait eu
connaissance de l'"affaire" précédente.
En bref, seule la peur de la sanction l'aurait retenu .
Pas la morale ni le respect ...
Et c'est probablement la première
morale de cette histoire. Serge Bayet a commis l'erreur de prendre la parole
en un lieu qu'il ne connaissait pas, que lisaient des gens qu'il ne
connaissait pas. Il ne viendrait pas à l'idée de grand monde d'agir ainsi en
société, mais c'est pourtant une attitude de plus en plus courante sur
Usenet depuis l'ouverture commerciale d'Internet.
Certes, certes.
Mais je pense qu'il croyait *sincérement* que ses blagues étaient très
drôles donc qu'il était non moins *sincérement* raciste.
Le genre de type qui se lâche aussi bien dans un banquet de
commis-voyageurs qu'au zinc du Café du Commerce, dans ce que j'appelle
le racisme ordinaire .
Quand vous rappelez à la décence ce genre de type, que ce soit sur
usenet ou ailleurs, il vous regarde avec des yeux ronds en disant "mais
j'ai rien fait de mal, la preuve c'est que ça fait rire" !!!
Il fut un temps ou il était rappelé, un peu partout, qu'il ne fallait pas
poster dans un groupe de discussion avant de l'avoir lu pendant quelques
semaines, cette rêgle de conduite aurait pu éviter bien des déboires à M.
Bayet, s'il l'avait connue.
Il est prévu aussi que la loi s'applqiue partout selon l'adage " nul
n'est censé ignorer la loi" donc le Monsieur Bayet en question, s'il
était adulte et rresponsable, savait qu'il s'exposait au mieux à une
réprobation, au pire à une sanction pour ses propos, non ?
Ce fabuleux monde d'Internet, qu'on lui avait décrit comme un espace de
liberté totale, lui fait peur aujourd'hui. Depuis que ce monde s'est
retourné contre lui, il s'est rendu compte que ce n'était pas, justement, un
espace de liberté, mais un media comme les autres, ou chacun est responsable
de ce qu'il publie. Devant ses concitoyens de la 'société des réseaux' comme
devant la justice du Vrai Monde. Il est même encore plus difficile, et
risqué, de s'y exprimer que sur un autre media, puisque aucun autre media
n'est diffusé à la même échelle. La responsabilité de l'auteur d'un article
est d'autant plus grande.
Voilà.
Et cette responsabilité s'étend, comme le montre l'exemple de M. Bayet, non
seulement au contenu d'un message, mais aussi à son contexte. Il faut être
informé de ce qui se passe, non seulement au niveau du groupe particulier
dans lequel on veut poster, mais aussi au niveau plus général du lectorat
potentiel. Un message qui pourrait passer pour amusant à un moment donné
peut aussi choquer et blesser si le contexte n'est pas le bon, celà vaut
pour Usenet comme pour tout autre media, et nous tenons là seconde morale de
notre histoire, pour citer un article récemment posté: "Contrairement a une
idée assez répandue, Internet, et Usenet en particulier, ne sont pas des
lieux ni des media différents des autres, la même retenue devrait donc y
etre montrée. Internet n'est en particulier pas au-dessus des lois, qui
s'appliquent aux propos qui y sont tenus."
C'est parfaitement exact.
Je voudrais pourtant tirer de toute celà une autre morale, qui s'adresserait
non seulement aux utilisateurs, mais aussi aux journalistes et aux
fournisseurs d'accès.
Pour éviter à d'autres "innocents" une histoire identique (et les exemples
continuent d'affluer).
Bayet n'était pas "innocent" :-(
Pour vous qui me lisez, sachez bien qu'Usenet n'est pas le forum local de
votre BBS, et qu'il vaut mieux tourner sept fois son clavier autour de son
écran avant de poster un article qui peut blesser un lecteur,
Pour les fournisseurs d'accès, qui seront tenus pour responsables au même
titre que l'auteur des propos en cause,
Pour les journalistes qui vendent de l'Internet comme on vend le dernier
gadget de Bill Gates, votre responsabilité doit vous pousser à vous informer
avant d'écrire, la responsabilité des fournisseurs et des journalistes doit
les pousser à vous informer avant que vous n'écriviez. Internet, et Usenet,
peuvent amener le meilleur comme le pire. Faire d'Internet un simple
phénomène de mode, qu'on peut vendre comme on vendait des pin's, ne peut
rien amener de bon. Seule la formation et l'information des nouveaux usagers
peut éviter le pire, pour Internet comme pour ses utilisateurs.
© "1995, Laurent Chemla et Planète Internet"
Bon.
Cet article a 13 ans mais il est toujours d'actualité et même si je ne
suis pas d'accord avec toutes les conclusions que Laurent tire, il est
bon de le diffuser comme vous le faites.
Merci
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Avec mes excuses à Laurent pour mon droit de citation un peu longuet.
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Dominique G