Yves Lambert nous disait ici-même:
Je ne m'étonne plus que vous refusiez de consulter la « pénible » histoire
de Laurent Chemla.
Mid ? Uri ?
Il y a le début dans la FAQ de frh, la suite était sur Freenix, mais je ne
crois pas que ce soit encore trouvable.
Bon, moi, j'ai plein de choses en stock, donc zou :
==========
Une bien pénible histoire (Par Laurent Chemla)
Paru dans le numéro 5 de Planète Internet
Durant l'été, certains groupes de discussion d'Usenet (fr.soc.divers et
soc.culture.french surtout) ont été perturbés pas l'arrivée d'articles
racistes, anti-sémites et révisionnistes.
Leur auteur, postant ses 'oeuvres' depuis un accès commercial belge, ne fut
pas très long a perdre son compte. Des plaintes envoyées à son fournisseur
et mettant en cause sa responsabilité ont rapidement porté leurs fruits
(même si cette responsabilité n'est pas aujourd'hui établie, légalement).
De tels faits n'ont malheureusement rien de spécifique à Usenet, et
n'auraient pas leur place ici si quelques jours plus tard, une autre
personne (M. Serge Bayet) n'avait posté des blagues dites "racistes" dans un
groupe dédié à l'humour (fr.rec.humour).
Ces blagues, toutes fort connues, et toutes (c'est le moins qu'on puisse
dire) de très mauvais goût, n'auraient habituellement rien causé d'autre à
leur auteur qu'une simple réprobation. Mais, ayant été postées depuis le
même site commercial, et quelques jours après, elles ont reçu un accueil
encore plus violent que ces articles racistes. Et M. Bayet a appris à ses
dépends que Usenet n'était pas un endroit aussi anodin qu'on le lui avait
fait croire.
En effet, les plaintes des lecteurs, qui se sont sentis particulièrement
agressés par cette avalanche d'obscénités, sont parvenues sur le bureau du
directeur du Conservatoire Royal de Liège. Serge Bayet, en effet,
s'identifiait dans la signature de ses messages comme un étudiant de ce
conservatoire. Un peu trop tôt, puisque la rentrée n'avait pas encore eu
lieu. Et que lors de cette rentrée, justement, son admission fut refusée au
motif qu'il était un raciste notoire.
Depuis la rentrée, Serge Bayet tente de retrouver sa place. Il a, voici
quelques jours, demandé le soutien de ceux qui l'avaient dénoncé, en postant
un appel à l'aide dans les mêmes groupes. Les réponses obtenues devant être
présentées à l'administration du conservatoire. Il plaide d'ailleurs sa
cause, avec l'aide d'un avocat, au moment même où j'écris ces lignes. Nul
doute que la fin de cette affaire ne nous soit dévoilée la où elle a pris
naissance: sur Usenet.
Serge Bayet, quand on l'interroge, explique volontiers qu'il ne pensait pas
à mal en postant ses 'blagues', et qu'il aurait cessé si la réprobation
avait été plus claire (certains lecteurs disaient apprécier, à l'époque). Il
dit aussi qu'il aurait probablement évité son geste s'il avait eu
connaissance de l'"affaire" précédente. Et c'est probablement la première
morale de cette histoire. Serge Bayet a commis l'erreur de prendre la parole
en un lieu qu'il ne connaissait pas, que lisaient des gens qu'il ne
connaissait pas. Il ne viendrait pas à l'idée de grand monde d'agir ainsi en
société, mais c'est pourtant une attitude de plus en plus courante sur
Usenet depuis l'ouverture commerciale d'Internet.
Il fut un temps ou il était rappelé, un peu partout, qu'il ne fallait pas
poster dans un groupe de discussion avant de l'avoir lu pendant quelques
semaines, cette rêgle de conduite aurait pu éviter bien des déboires à M.
Bayet, s'il l'avait connue.
Ce fabuleux monde d'Internet, qu'on lui avait décrit comme un espace de
liberté totale, lui fait peur aujourd'hui. Depuis que ce monde s'est
retourné contre lui, il s'est rendu compte que ce n'était pas, justement, un
espace de liberté, mais un media comme les autres, ou chacun est responsable
de ce qu'il publie. Devant ses concitoyens de la 'société des réseaux' comme
devant la justice du Vrai Monde. Il est même encore plus difficile, et
risqué, de s'y exprimer que sur un autre media, puisque aucun autre media
n'est diffusé à la même échelle. La responsabilité de l'auteur d'un article
est d'autant plus grande.
Et cette responsabilité s'étend, comme le montre l'exemple de M. Bayet, non
seulement au contenu d'un message, mais aussi à son contexte. Il faut être
informé de ce qui se passe, non seulement au niveau du groupe particulier
dans lequel on veut poster, mais aussi au niveau plus général du lectorat
potentiel. Un message qui pourrait passer pour amusant à un moment donné
peut aussi choquer et blesser si le contexte n'est pas le bon, celà vaut
pour Usenet comme pour tout autre media, et nous tenons là seconde morale de
notre histoire, pour citer un article récemment posté: "Contrairement a une
idée assez répandue, Internet, et Usenet en particulier, ne sont pas des
lieux ni des media différents des autres, la même retenue devrait donc y
etre montrée. Internet n'est en particulier pas au-dessus des lois, qui
s'appliquent aux propos qui y sont tenus."
Je voudrais pourtant tirer de toute celà une autre morale, qui s'adresserait
non seulement aux utilisateurs, mais aussi aux journalistes et aux
fournisseurs d'accès.
Pour éviter à d'autres "innocents" une histoire identique (et les exemples
continuent d'affluer).
Pour vous qui me lisez, sachez bien qu'Usenet n'est pas le forum local de
votre BBS, et qu'il vaut mieux tourner sept fois son clavier autour de son
écran avant de poster un article qui peut blesser un lecteur,
Pour les fournisseurs d'accès, qui seront tenus pour responsables au même
titre que l'auteur des propos en cause,
Pour les journalistes qui vendent de l'Internet comme on vend le dernier
gadget de Bill Gates, votre responsabilité doit vous pousser à vous informer
avant d'écrire, la responsabilité des fournisseurs et des journalistes doit
les pousser à vous informer avant que vous n'écriviez. Internet, et Usenet,
peuvent amener le meilleur comme le pire. Faire d'Internet un simple
phénomène de mode, qu'on peut vendre comme on vendait des pin's, ne peut
rien amener de bon. Seule la formation et l'information des nouveaux usagers
peut éviter le pire, pour Internet comme pour ses utilisateurs.
© "1995, Laurent Chemla et Planète Internet"
===========
Avec mes excuses à Laurent pour mon droit de citation un peu longuet.
--
Thierry.