Bonjour
L'Amérique découvre le bonus philanthropique
Pierre-Yves Dugua
28/12/2007 | Mise à jour : 23:18 |
http://www.lefigaro.fr/societes-etrangeres/2007/12/29/04011-20071229ARTFIG00129-l-amerique-decouvre-le-bonus-philanthropique.php
À l'heure de la distribution des primes de fin d'année, une initiative
originale pourrait faire des émules.
De notre correspondant à Washington
Le patron d'une toute petite banque du Dakota du Nord a eu une grande
idée. S'inspirant de la vedette de talk-show Oprah Winfrey, il a
réinventé la manière de distribuer des primes de fin d'année. Michael
Solberg a décidé d'aller au-delà du versement d'un bonus équivalent à
4,5 % du salaire à chacun de ses 510 employés. Cette année, tout le
personnel à plein-temps de State Bank & Trust a reçu en plus 1 000
dollars. Un montant que chaque employé est tenu de reverser à une
bonne cause, éventuellement familiale.
Trois conditions doivent être remplies. Tout d'abord, le don doit être
filmé par la caméra vidéo également donnée à chaque salarié. Ce
moment, riche en émotion, est l'élément emprunté à Oprah Winfrey,
philanthrope généreuse et femme la mieux payée de la télévision
américaine. En outre, le geste doit se produire d'ici à fin juin.
Enfin, l'employé ne peut donner cette somme à un membre de sa famille
ou un collègue de travail.
Distribuer les plus-values
La réaction du personnel à cette idée a été enthousiaste. Accorder à
quelqu'un le pouvoir de faire plaisir, ou de servir une cause
méritante, est manifestement un bon outil de motivation. La réaction
de la presse américaine a été tout aussi favorable. Au point de
générer une publicité gratuite sans précédent sur plusieurs réseaux
télévisés pour ce petit établissement de Fargo qui ne compte que 14
agences et dont le bilan n'atteint pas 2 milliards de dollars.
Pendant ce temps, à New York, une autre idée philanthropique originale
est sortie de la tourmente qui secoue beaucoup d'institutions
financières. William Ackman, patron du fonds spéculatif Pershing
Square Capital Management, a promis de distribuer à des organisations
caritatives les plus-values qu'il dégagera de son pari sur
l'effondrement de deux assureurs financiers, MBIA et Ambac Financial.
Ces firmes sont spécialisées dans l'assurance d'émissions
obligataires. Des émetteurs de moyen standing font appel à elles pour
garantir leurs obligations. Or M. Ackman affirme depuis des mois que
ces assureurs n'ont pas de réserves suffisantes pour faire face aux
défauts de paiement imminents sur des titres adossés à des créances
douteuses. Il se dit convaincu que leurs holdings peuvent même tomber
en faillite l'an prochain.
Cette catastrophe lui rapporterait personnellement quelque 500
millions de dollars, car il a spéculé à la baisse des actions de MBIA
et Ambac Financial. Il promet de verser le fruit de son pari à sa
fondation, spécialisée dans le financement de bourses et programmes
éducatifs pour des élèves de quartiers défavorisés. MBIA juge
totalement injustifiées les prévisions alarmantes d'Ackman. Pour
autant, les agences de notation examinent la possibilité de retirer à
l'assureur son rang de triple A, gage de solidité financière absolue.
Le cours de la société a, du reste, plongé de 70 % depuis début
octobre.