Sujet: Re: Le mystère de l'autre
De: marc.girod (l' arobase) gmail.com (Marc Girod)
Groupes: fr.sci.philo
Organisation: http://groups.google.com
Date: 16. May 2008, 18:39:58
On May 16, 5:12 pm, "François Guillet" <guillet.franc...@wanadoo.fr>
wrote:
Il peut refuser l'héritage, mais ça ne changera rien au fait qu'il est modélé par
lui (ne serait-ce que par le langage).
Ça a l'air si simple... Et pourtant, où le bât
blesse-t-il ?
Il y a un cercle : on pose le passé et la
causalité comme une réalité "objective"
universelle.
Pourtant le temps lui-même et la causalité
sont eux-mêmes des structures du monde.
En quoi sont-elles différentes du reste ?
Kant avait vu le problème et décidé qu'en
effet, le temps et l'espace étaient
différents du reste de la signification. Il en
avait fait des "catégories pré-conceptuelles
de l'entendement".
Le problème est que ces catégories pré-
conceptuelles n'ont pas été très stables au
cours du XIXe siècle : l'évolution, et l'entropie
(le déterminsime statistique) ont enfoncé de
sérieux coins dans le modèle "immuable" que
Kant avait du temps, avant la relativité et la
mécanique quantique.
Nous avons donc une théorie, et une
expérience qui l'infirme. Il manque cruellement
de rafistolages sérieux.
Par contre il existe une autre théorie,
radicalement différente, révolutionnaire. C'est
la phénoménologie de Husserl, Heidegger et
Sartre (et à laquelle adhèrent tous les penseurs
sérieux du XXe siècle).
Celle-ci dit que nous avons un monde de
phénomènes, sans exception métaphysiques,
et que nous construisons un modèle pour
l'expliquer et pour agir sur lui (Marx).
Ce modèle, nous le construisons à rebours, en
partant de nous, de notre expérience, de ce que
nous connaissons le mieux et sur quoi nous
avons prise, et nous l'étendons le plus loin
possible, dans l'espace et dans le temps, à la
fois vers l'avenir et vers le passé.
Nous construisons donc un passé qui convienne
pour expliquer le présent dans l'optique de nos
projets d'avenir.
Pour cela, nous choisissons sans cesse les
éléments qui nous conviennent.
Donc, nous sommes modelés, parce que nous
décidons d'être modelés.
Ce qui compte n'est pas le donné indifférencié
mais ce que nous en faisons.
Marc