On May 16, 8:56 am, "jh" <jh7...@gmail.com> wrote:
Désolé pour ma réponse précédente: mon logiciel ne semble pas me permettre
d'insérer des commentaires au fil du message.
Je vous sais gré d'un authentique effort de discussion.
De fait, je retire donc les doutes que j'avais exprimés
à cet égard dans un précédent message.
Excusez-m'en.
Donc, on ne pourrait
On peut, disais-je (lapsus, typo ?)
avoir de certitude sur la réalité de l'autre dans la
mesure où on entend par «réalité» la «réalité des phénomènes». Quelle
différence établissez-vous entre cette «réalité des phénomènes» et une
«réalité cachée»?
Cette distinction terminologique est de Kant,
entre monde des phénomènes et des noumènes.
Bien entendu, elle reprend toute la tradition de
l'idéalisme depuis Platon.
La terminologie kantienne a été reprise par
Husserl, puis par Sartre, qui ont franchi le pas
et pris à bras le corps la réalité des phénomènes,
ce que leurs prédécesseurs n'avaient pas osé.
Il y a là un parallèle avec Riemann et
Lobachevski "osant" considérer les alternatives
au postulat d'Euclide (ou l'invention du zéro, ou
des nombres imaginaires, etc.). Une avancée
majeure de la pensée humaine.
Bien sûr, Berkeley avait déjà eu un soupçon
similaire (et Sartre le reconnait).
Nous posons la réalité, effectivement. Nous n'en doutons pas car elle nous
convient.
Ce n'est pas tout à fait ça. Le "car" n'a pas sa
place ici, pas ce car-là.
Nous posons la réalité.
Nous ne pouvons plus en douter parce que nous
en sommes responsables : nous l'avons posée.
Elle nous convient : si elle ne nous convient pas,
posons-en une autre.
Ou vivons dans la mauvaise foi, en posant
délibérément une réalité qui ne nous convient
pas, pour nous plaindre et prétendre n'être pas
responsables.
Mais bien sûr, elle nous convient alors tut de
même, paradoxalement.
Mais, quand le doute n'en fait pas partie, comment changeons-nous
pour suivre le cours de l'existence, qui est renouvellement, ou appelons ça
évolution?
Nous doutons, constamment.
Non pas de la réalité que nous avons posée,
et qui est en-soi.
Mais de nous-mêmes, et de nos choix. De la
meilleure stratégie pour changer cette réalité,
pour tenir compte des autres.
J'ai remarqué également que vous reliez le doute à la liberté quand vous
dites que: «douter (...) renforcerait (...) cette liberté.» Diriez-vous
alors que le doute favorise la liberté et que, par conséquent, l'absence de
doute, la captivité?
Douter est un acte libre.
En doutant, je me prouve à moi-même ma liberté.
Donc, je ne peux douter de ma liberté sans
entrer dans une contradiction interne.
Je peux accepter les contradictions internes,
mais cela est également une preuve de liberté.
Comme dit Sartre, nous sommes condamnés à
être libres.
La captivité n'est pas le contraire de la liberté.
La liberté a besoin d'un contexte concret pour
s'exprimer. Elle est un choix parmi les
phénomènes qu'elle identifie, de certains
comme inadmissibles et prioritaires.
Ce choix est fonction d'une perception de mes
possibilités : pendant des siècles, les hommes
ont accepté l'inégalité comme un destin, et n'ont
rien fait pour l'abolir. On trouvait normal de
mourir à 30 ans.
C'est ce que Sartre, encore, voulait dire par :
"Nous n'avons jamais été aussi libres que sous
l'occupation".
Marc