Cette «tragédie cosmique» est-elle évitable? Sur quoi repose le drame des
rapports humains quand on s'y confronte? Est-ce dû à sa propre philosophie
de vie et de la société? Un meilleur système ferait-il bien l'affaire ou
est-ce plutôt que ce système, même idéal, s'use naturellement, nous
changeons, le monde se transforme et la peur finit par s'installer dans ce
qui fut pourtant au départ une félicité?
Le problème, c'est que la vie change. Dans sa liberté, qui quelquefois nous
insécurise, au surplus l'autre change. Un vieil accord ne s'établit plus
comme avant, et nous en souffrons. Il y a dans l'homme une quête de
sécurité, indissociable du mouvement même de sa pensée. Il s'attache à ceux
qui confortent sa vision de la vie et se garde des autres. Chaque fois qu'il
agit ainsi, il prépare sa souffrance.
Les autres ne servent pas à masquer nos propres peurs. Nos projections sur
eux nous les font controler, étouffer. L'amour ne fait pas bon ménage avec
l'absolue satisfaction des désirs et sa propre quête de sécurité. Je ne
crois pas, cependant, qu'un amour étouffant cache une soif de contrôle mais
l'inverse: puisque certains acquis sociaux nous font maladroitement suivre
la quête amoureuse.
L'autre est mouvement vital, appelant l'ouverture, générant
l'émerveillement.
Cordialement,
jh
"samovar" <hbaudouy@videotron.ca> a écrit dans le message de news:
611c1d7a-9701-484c-b34d-cdfbb85af226@8g2000hse.googlegroups.com...
On 15 mai, 13:37, "jh" <jh7...@gmail.com> wrote:
Croyez-vous que l'on puisse avoir quelque certitude sur la réalité de
l'autre?
Salutations,
jh
Personnellement, non, je ne crois pas.
Il y a les Autres. Ceux que l’on rencontre, avec qui on parle, on
travaille, on vit ; les personnages de notre environnement social,
familial professionnel, amical.
A la base, nos rapports avec « les autres » sont fondés sur le troc.
Un troc de réalités. Étant bien entendu que la réalité que nous
échangeons avec les réalités de l’autre, en paroles, en actes, voire
en sentiments ou en coups de poing, cette réalité est largement «
teintée ».
Nous sommes – grosso modo – une triade de réalités :
• La « vraie » – celle qu’on subodore exister.
• Le « miroir » - celle qu’on se fait de soi-même
• La « vitrine » - celle qu’on présente et qu’on troque avec les
autres.
C’est bilatéral, bien sûr. L’autre est dans le même cas. Ce qui
complique tout, évidemment. Trois réalités d’un côté, trois de
l’autre : vous appelez un topologiste au secours ! Quel est le plus
court chemin vers l’erreur ?
Étonnons-nous encore qu’il y ait des guerres …
Ces échanges sont-ils donc la plupart du temps, un marché de dupes ?
Mais qui duperait qui ? Un jeu de miroirs? Certes.
On triche? Oui, bien sûr.
Mais… volontairement ou non ?
Là est peut-être toute la différence.
Car nous sommes tous mythologues, mythomanes et mythologies tout à la
fois.
Nous sommes une fiction en marche.
Nous sommes une tragédie comique. Comique, car contraire à la « raison
», laquelle nous dit, quand on l’écoute, que seul le néant a raison,
dans son calme immense et immobile.
Une tragédie cosmique également… Car la Terre disparaitra un jour…
Nous imaginons les autres ; et nous sommes toujours surpris, sinon
choqués, qu’ils ne correspondent pas à l’image qu’on avait construite
d’eux. Tout autant que nous sommes surpris ou choqués de ne pas
correspondre à l'image que les autres se font de nous...
Un mur nous sépare des autres. Nous sommes les atomes égoïstes d’une
galaxie sociale obligée.
Nous sommes les interminables banlieues les uns des autres. Chacun de
nous est une capitale, un pays et une frontière.
Nous aimons la solitude ; quand elle se termine, nous sommes contents
aussi… et nous voudrions que cela recommence…
RV