Bonjour,
Je suis intervenu très rarement sur ce forum, que je lis, de temps à autre,
malgré son évolution erratique.
La belle unanimité contre les langues régionales, associée aux avis des vieux
birbes de l'Académie et du Sénat, repose davantage sur des réactions émotionnelles que sur des arguments sérieux.
Observations simples :
1. Toutes les études scientifiques ont démontré de manière indiscutable qu'un
enfant qui débute très tôt l'apprentissage d'une autre langue (régionale ou
nationale) que le français est bien meilleur en langue française, à tous points
de vue, et qu'il gagne en ouverture d'esprit (pour ne pas dire en intelligence). En Bretagne, dans le pays basque, en Alsace..., les écoles bilingues ont
beaucoup de succès, parce que les enfants en sortent plus riches et plus cultivés.
2. Les langues régionales sont bien plus anciennes que le français qui, comme
toutes les langues européennes, est une langue fabriquée et imposée à tous par
la fameuse ordonnance de Villers-Cotterêts, pour des raisons d'intelligibilité
des documents officiels.
Toutefois, "certains juristes ont pu interpréter que l'édit royal ne se limitait
pas à la seule langue française et que sa protection s'étendait à toutes les
langues maternelles du royaume. Ce fut également la position initiale des
révolutionnaires qui firent traduire décrets et proclamations dans les langues
régionales." (extrait de Wikipedia)
C'est en 1794 (vous savez, cette grande année de l'Histoire de France où la
Révolution a viré à la tyrannie et où la Terreur a envoyé 17 000 personnes -
dont André Chénier - à la guillotine) que nos Jacobins centralisateurs ont
imposé la langue française et condamné les langues régionales. Les Alsaciens se
souviennent de l'action impitoyable de Saint-Just dans leur région.
3. L'Espagne a ses langues régionales, qui sont non seulement garanties par la
constitution, mais imposées dans certaines régions (ce n'est pas ce que je souhaite). Le castillan n'est pas du tout en danger. En Allemagne, en
Autriche, en Suisse, les dialectes germaniques continuent d'exister et d'être
parlés, sans nuire à l'allemand. Le sicilien, le sarde ou le napolitain sont
bien vivants, etc.
4. L'Europe protège les langues et les dialectes régionaux, comme elle protège
la faune et la flore près de s'éteindre, et je ne comprends que l'on puisse
s'élever contre la protection de notre patrimoine culturel. N'oublions pas que,
dans la plupart des régions historiques, les patronymes et toponymes trouvent
leur origine dans les langues régionales.
La charte européenne des langues régionales date de 1992, et la France est l'un des rares pays à ne pas l'avoir ratifiée :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_europ%C3%A9enne_des_langues_r%C3%A9gionales_ou_minoritaires
5. Le Sénat refuse que l'on dise que les langues régionales appartiennent au patrimoine de notre nation. Mais pourquoi faire voter nos vieux bonzes sur un sujet aussi évident : elles appartiennent au patrimoine de notre nation, c'est indiscutable. Patrimoine = biens que l'on a hérité de ses ascendants. Qui peut dire que les langues régionales n'en font pas partie de facto et de jure ?
Le fait de se replonger dans la langue, la poésie et la littérature des populations établies jadis dans sa région est une manière de faire revivre le passé et de retrouver ses racines.
Cette prise de position ne m'empêche d'être un lecteur toujours passionné de Ronsard, Molière, Rousseau, Balzac, Flaubert et tant d'autres, d'écrire en langue française, dont j'aime la complexité et la richesse, et de pester contre l'infernal galimatias qui nous vient d'outre-Atlantique et bouscule la structure de nos phrases bien davantage que l'occitan ou le flamand.
alainverghote@gmail.com a écrit :
Les séparatistes ne sont pas ceux que l'on croit.
Les détracteurs des langues régionales ne comprennent
pas qu'elles sont un symbole d'ouverture.
Le 18 juin, les sénateurs, par 216 voix contre 103, décidaient
de repousser un amendement à l'article premier de la constitution
que les députés avaient adopté à la quasi-unanimité dans le cadre
du projet de réforme des institutions :
"Les langues régionales font partie du patrimoine de la nation."
Le sénat a cru devoir donner raison à l'académie ...
Selon un sondage de l'institut CSA, réalisé les 18 et 19 juin pour le
quotidien
Ouest-France auprès de 960 personnes ,
68% de oui pour la reconnaissance des langues régionales dans la
constitution,
23% se rangeant à l'avis des sénateurs...
Le petit rapporteur