On 14 juil, 18:50, deesse pairee <c...@niet.news.free.fr> wrote:
Certes ...Bonjour Marc. Alors moi, ce que je peux te proposer comme
musique sur ces belles images de Joe, ce serait la musique de ce clip:http://www.dailymotion.com/video/x2ncen_marie-paule-belle-je-ne-suis-...
Service.....
Pierre-
Marie-Paule Belle ? Quelle drôle d'idée ! Avec Joe Dallesandro on voit
plutôt quelqu'un du calibre de Jane Birkin, non ? ;-)
http://fr.youtube.com/watch?v=kQ6TsJXR1TE
Mais j'ai bien saisi, cher Pierre, la petite pique que tu m'adresses,
pas méchante à vrai dire, mais astucieuse, rusée, maligne et un peu
perfide, (donc très gay). Tu te moques de mon supposé parisianisme
avec mes ballets et mes opéras avec lesquels je te casse les oreilles.
Mais en réalité, si tu savais ! Moi, le banlieusard, je suis loin
d'être un « parisianiste », je suis tout simplement un drogué, ou en
bonne voie de le devenir. Je suis un accroc à ces paradis artificiels,
ces lieux où tout est « calme luxe et volupté », où plus tu y vas,
plus tu as envie d'y retourner. Et avec l'affichage d'un taux de
fréquentation de près de 95 % en moyenne, tu peux imaginer combien ces
lieux maudits sont des drogues dures ! Car je ne suis pas le seul,
malheureusement, il y en a tant d'autres dans mon cas. Il suffit de
discuter avec eux pour voir combien eux aussi sont atteints. Un jour,
par exemple, alors que je faisais la queue pour retirer mon billet
pour la diffusion de l'opéra « La Fille du régiment » au cinéma, (j'ai
déjà évoqué cela ici), je me suis mis à discuter avec deux voisins qui
patientaient comme moi, deux hommes plus âgés que moi, des retraités
et, de toute évidence, des congénères. On a parlé d'opéras, bien sûr,
enfin surtout eux, car moi j'étais bien moins érudit qu'eux en cette
matière. Ils allaient voir presque toutes les productions de l'Opéra
de Paris : Et c'était les mérites de machin-chose ou de machinette qui
avaient bien chanté ou chanté comme des sabots, telle mise en scène
qui était sublime ou à chier, tel chef d'orchestre qui était divin ou
un scandale. Je vois d'ici à quoi tu penses : des snobinards ! Ah si
seulement c'était vrai, mais non ! C'était une conversation
délicieuse, pleine d'humour et de décontraction, avec des emportements
faussement emportés, des pâmoisons d'esthètes totalement
réjouissantes, des embrasements, des accablements, bref, des gens qui
jubilent de partager une érudition et une passion commune, et qui se
régalent de l'exposer devant quelqu'un comme moi, totalement réceptif
mais un peu candide.
Mais bon, là, c'était l'Opéra, je suis moins en danger : j'aime bien
l'opéra mais je n'en deviendrai pas « addict ». Non, ce qui me menace
est bien plus grave, tellement grave, d'ailleurs, qu'on a inventé un
mot horrible pour le désigner : je risque de devenir balletomane ! Ca
fait froid dans le dos, non ? Balletomane !, comme héroïnomane
ce mot porte en lui les 10 ans de cure de désintoxication, minimum,
qu'il faut pour en sortir (si on en sort). De surcroît, on a si vite
fait de lui associer l'adjectif « pédéraste ». Balletomane pédéraste !
Les portes de l'enfer s'ouvrent devant moi ! :-)
Alors, je fais attention pour essayer de ne pas sombrer mais ce n'est
pas facile dans ces lieux de perdition. Un jour, à la librairie de la
Bastille, je tombe sur la biographie de Noureev. J'achète : Malheureux
que je suis !, me voilà amoureux de Noureev maintenant. Une autre
fois, à Garnier, je vois le magazine « Danser ». Je le feuillette :
des infos sur les ballets à venir, sur les compagnies, sur les
danseurs. Je vais acheter mais heureusement, j'ai un réflexe de
sauvegarde et je repose ce brûlot. Il ne manquerait plus que je m'y
abonne ! Une autre fois, très dangereuse celle là, je discute avec une
voisine en sortant de la salle (j'aime bien le faire en général, car
je tombe souvent sur des gens qui n'y connaissent rien. En sortant de
« La Dame aux camélias » mes voisins ne savaient même pas qui avaient
dansé-- Un vrai bonheur !). Et bien là, catastrophe, je tombe sur une
ancienne petit rat de l'Opéra ! Et qu'elle se met à me parler de
l'école de danse de l'Opéra, de la scène de Garnier sur laquelle elle
avait dansé, de Sylvie Guillem, de Rudolf Noureev qui était vraiment
très beau, et patati et patata. La courtoisie aurait voulu que je
l'invite à boire un verre, voire que je la raccompagne en voiture
puisque elle était en transport en commun, mais que nenni : Vade retro
Satanas ! dans le métro que je l'ai balancée, et vite fait !
Voilà, cher Pierre, la réalité. Certes, je pourrais fuir la capitale,
mais même pas. Il y a désormais des lieux de perdition dans toutes les
grandes villes de France. Et puis même, il reste les DVD ! Récemment
j'ai égaré mon DVD « Le Corsaire » filmé au Kirov. J'adore cette
version avec l'exquise ambiguïté des rapports entre le corsaire Konrad
et son esclave Ali. Et puis Farouk Ruzimatov est tellement mignon-
craquant quand il danse avec son plumet sur la tête. Je pourrais le
racheter, et bien non ! Je résiste.
Mais le danger me guette à chaque sortie : Qu'un jour, en sortant de
l'Opéra après un ballet, je me mette à discuter avec un vieil esthète,
homosexuel, balletomane, érudit, sympathique et passionné-- et là je
serais foutu !
:-)
--
Marc