On 25 mai, 16:21, Bien a vous <bien.a.v...@orange.fr> wrote:
La belle biographie de Rudolf Noureev que je suis en train de lire :
http://keepi.free.fr/12117248989.jpeg
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Marc
Quelqu'un, ici, a-t-il vu un jour Rudolf Noureev sur scène ? Il paraît
qu'il avait un charisme fabuleux, une animalité féline intense que les
enregistrements vidéos rendent mal. Est-ce vrai ?
Ca m'intéresse car, par définition, un danseur sur scène porte du
charisme dans la façon dont il se présente, par l'image du masculin
qu'il donne : C'est d'un côté, la vitalité, l'énergie, la force, la
bravoure (1) ; et de l'autre, c'est la grâce, l'élégance, la douceur,
la disponibilité pour la ballerine, et, dans les grands ballets
classiques, un romantisme échevelé. Cela donne une vision du masculin
aux multiples facettes qui me charme profondément et dans laquelle mon
homosexualité se sent bien.
Et puis il y a aussi, bien sur, la beauté purement plastique de ces
hommes. Un jour, par exemple, j'ai vu le ballet "Caligula" de Nicolas
Le Riche à l'opéra Garnier, au deuxième rang de l'orchestre, donc tout
à côté de la scène. La musique était les quatre saisons de Vivaldi qui
alternait avec une musique électro-acoustique pour les scènes qui
mettaient en avant Mnester, le pantomime. Dans ce dernier cas, quatre
hommes apparaissaient seuls sur scène, tous en blanc, trois d'entre
eux portant une redingote et le quatrième, le personnage de Mnester
interprété par Benjamin Pech, tout en collant. Ils traversaient la
scène, sur l'avant scène, d'un bout à l'autre, lentement, en exécutant
des gestes lents, très décomposés, dans des poses qui ressemblaient un
peu à celles que l'on voit dans les peintures égyptiennes de
l'antiquité. Et bien, j'étais tellement prêt de la scène que je voyais
distinctement, avec une netteté quasiment anatomique sous le collant,
le jeu des muscles du danseur qui interprétait le personnage de
Mnester. Par ma grande proximité avec la scène j'assistais donc à deux
chorégraphies : celle du ballet imaginée par Nicolas Le Riche, et
celle du corps en mouvement du danseur étoile. C'était
impressionnant, fascinant, intensément beau ; érotique aussi, mais
finalement peu car la situation ne s'y prétait pas du tout.
Alors, qu'avait donc Noureev de plus qui ont fait de lui l'un des plus
grands danseurs de l'histoire ? Quelqu'un l'a-t-il vu, quelqu'un peut-
il le dire comme il l'a ressenti ?
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Marc
PS
(1) La bravoure que j'ai évoquée pour un danseur masculin est un terme
reconnu dans le milieu de la danse. Un danseur masculin doit avoir de
la bravoure pour prendre les risques physiques importants liés aux
sauts et aux pirouettes qu'il doit exécuter. Jean-Guillaume Bart,
danseur étoile, s'est trop blessé et il ne veut plus prendre les
risques physiques qu'impose son statut d'étoile. Il abandonne la scène
cette année. Noureev, par contre, était un casse-cou qui ne craignait
rien. Quand il a dirigé l'opéra de Paris, il voulait que ses danseurs
aient "des couilles" (il parlait comme ça). Un jour, un danseur s'est
blessé dans l'exécution d'un saut mais il a réussi à terminer sa
variation, comme si de rien n'était, malgré la douleur. En quittant la
scène, Noureev qui était dans les coulisses l'a félicité : "C'est
bien, lui a-t-il dit, toi tu n'as pas triché !". Une autre fois il est
entré dans une colère noire contre des danseurs, pourtant bien
applaudis par le public, mais qui à ses yeux n'avaient pas assez
donné. "Vous êtes des menteurs ! vous n'avez pas de couilles !" leur a-
t-il hurlé dessus...