"Touss-touss canon" a écrit :
"morobone" :
Les personnages de Tardi me semblent manquer de corps,
de présence et de réalité.
C'est l'effet désiré par Tardi, il pioche quelques bougres " de passage",
pas de héros, peu de sentiment, mus par une sorte de vertige insensé les
amenant à creuser leur propre tombe, c'est à dire "sous terre".
La vision de Tardi ne nous instruit en rien c'est un fait, c'est juste la
pelletée de trop, une poignée de terre glaise pour colmater à jamais
l'éclat d'obus fiché dans nos poitrines.
Tardi ne "pioche pas quelques bougres de passage" : il choisit parmi des
millions d'hommes ceux qui peuvent répondre à ses critères, puis il les
croque à sa façon et tombe dans le piège de la Grande Guerre : celui de n'en
voir que le côté macabre et, littéralement fasciné par une gueule arrachée
ou par des tripes à l'air, de le mettre en scène façon spectacle, quite à
déshumaniser ceux qui y participèrent ; quite aussi à présenter une vision
de la guerre qui n'est pas la guerre. Ou pas tout à fait. L'horreur, oui,
bien sûr, mais pas que. L'absurdité, oui encore, mais pas que...
Quand l'imaginaire du créateur, sa problématique, sa représentation du
conflit ou son message, prennent le dessus sur le champ du réel, alors ses
personnages, aussi bien dessinés soient-ils, ne prennent pas chair, ne se
déploient pas et demeurent malheureusement à l'état d'ombre : ils ont des
têtes de tract ! Pour le dire autrement, la difficulté ne consiste pas à
créer un personnage à partir d'un homme, la difficulté consiste à créer un
homme à partir d'un personnage...
Page 25, le poilu Binet ramasse une rafale de mitrailleuse dans le caisson :
TAC TAC TAC... Le poilu Binet se plie alors en deux en faisant : AAA AA...
Questions : ce cri que l'on entend est-il poussé par le poilu Binet ou bien
par le dessinateur Tardi ? Qui souffre de quoi ? Et, finalement, qui, de
Tardi ou des poilus, est ou a été "mû par une sorte de vertige insensé" ?
Crier c'est bien, mais parler c'est mieux :-)