Merci pour votre message. Pensez-vous que les recherches sur le
Nostratique peuvent donner beaucoup? J'aurais tendance à le croire ou
plutôt à l'espérer, mais on trouve ça et là des remises en cause
de la reconstruction du proto-indo-européen, ce qui évidemment
pourrait obérer la suite...
En effet...
Mon sentiment est que les linguistes commencent depuis quelques années à essayer d'aborder scientifiquement cette question, complexe s'il en est... Par "scientifiquement", je veux dire qu'ils essaient de plus en plus, pour ce que j'en connais et ai pu en discuter avec quelques-uns d'entre eux, d'avoir une démarche plus hypothético-déductive que strictement descriptive et comparative (ce qui n'a pour moi rien de péjoratif, mais a clairement montré dans ce domaine ses limites...).
Ces linguistes se trouvent exactement dans la même situation épistémologique que se trouvaient les phylogénéticiens il y a encore peu : ils ont les objets de leur Science (ADN pour les uns, lexiques-grammaires-syntaxes pour les autres) mais n'ont pas de modèles statistique d'évolution de leurs objets, qui seuls leur permettrait de poser sur eux des hypothèses de parentées testables (par exemple en utilisant des approches en Maximum de Vraisemblance, aujourd'hui courantes en phylogénie moléculaire). En fait, les linguistes sont ici dans une position bien plus complexe que les généticiens, car la formulation de modèles d'évolution moléculaire, même très complexes, reste infiniment plus simple que la formulation de modèles d'évolution linguistique, même ultra-simplifiés.
Mon modeste avis sur la question est donc que tant qu'on ne saura pas faire ça, théoriquement et techniquement (de tels modèles, de part leur complexité, demanderaient des capacités de calculs très au delà de tout ce qui existe aujourd'hui sur Terre...), la recherche de ces "langues princeps" restera très hautement spéculative et ressortira plus d'une quête mythique que d'une réelle recherche scientifique. C'est typiquement le problème qui se pose avec le proto-indo-européen : linguistiquement parlant, à ma connaissance, on ne sait pas faire ; alors on va chercher dans des disciplines autres, par exemples archéologique ou anthropologique, des preuves indirectes de son existence. Mais ces preuves, minces et souvent contradictoires,sont indirectes, et donc discutable quasiment "à l'infini"...
Il y a donc un espoir (il y a toujours un espoir ! :-) ) au sens que conceptuellement et méthodologiquement parlant, il n'y a pas d'impasse théorique a priori insurmontable, mais amha, c'est pas demain la veille !!!
A+
Gilles.