On Thu, 5 Jun 2008 00:37:29 +0200, "Zarak" <zarakonline AT free.fr> wrote:
Je ne pensais pas devoir préciser qu'il y a des expressions qu'on ne prend
pas au premier degré. Alors voilà, je dois vous informer : aucun humain n'est
un Dieu, pas plus qu'un géant. Ni Mozart, ni le Christ, ni Maradona. Par contre,
chacun son génie. Et Maradona en fut un, même si ça vous emmerde qu'il y ait
des génies dans le sport.
Même pas car il n'y en a pas. Le génie déjà est rare et suppose une haute
élévation. Maradona... Hum... Ras de la moquette l'élévation. Ras du gazon
plutôt.
Savoir marquer des buts martiens, traverser des terrains entiers, distribuer et
comprendre le jeu en un coup d'oeil, influencer ou décider du cours d'un match
à soi tout seul ; tout cela n'est pas accessible au premier venu. Encore faut-il
savoir ce qu'est le sport dont on parle... savoir par exemple que le football
ne se limite à jouer avec une baballe.
Oh là là quel effort... C'est sûr avoir du souffle et être en bonne santé
et simplement une bonne adresse. Passé la jeunesse, fini en plus. Et ?
Grossière erreur. Par exemple, la grandeur de la culture germanique a largement
contribué à faire naître un prodigieux orgueil refoulé dans quelques âmes mal
intentionnées au lendemain de la première guerre mondiale, ce qui sera un élément
non négligeable dans la naissance du nazisme. Beaucoup de SS étaient très cultivés,
et beaucoup aimaient Mozart. Et je ne parle même pas de Wagner.
Mais ce n'est pas parce qu'on aime Mozart qu'on devient nazi. Si Hitler
aimait les chiens, est-ce à dire qu'aimer les chiens vous fait devenir nazi
? Evidemment non.
A ma connaissance, aucun fascisme n'est jamais né d'une défaite sportive.
Et aucun supporter de foot n'a jamais construit de camps de concentration.
Par contre, les grandes messes sportives organisées par les nazis et les
staliniens devraient vous faire réfléchir quand de l'autre, on brûlait les
livres gênants. Car le problème de l'art est qu'il gêne. Pas le sport avec
son culte du corps, de la santé, de la purification et de la pureté.
Sans compter l'ivresse lyrique qu'il déclenche dans les foules, ou pour
transformer les hommes en foule.
Je n'ai jamais dit ça. Vous avez un art consommé de la comparaison de l'incomparable...
Qui a dit que vous l'aviez dit ?
Vous devriez songer à vous "démurayser" de temps en temps, ça fait du bien
parfois de penser par soi-même.
Oh la belle perle... "Moi je pense par moi-même car moi-même par moi-même,
c'est forcément super."
Or, vous devriez savoir, même en psychologie, qu'on ne pense pas par
soi-même car d'abord, on se croit non seulement Dieu mais qu'on a une
prétention à s'autofonder. Ce qui est plus grave.
Et on ne pense pas par soi-même car on a en nous que les autres. Et il vous
faudra faire avec. Alors...
Pourquoi "démurayser" car on vous renverrait à vous défootballiser dans le
même sens. Désolé, je ne vous ai jamais demandé de vous défootballiser. Je
dis simplement que le foot...
Intéressante remarque encore car il y a là une injonction à l'autre, de lui
"ordonner de penser par soi-même", c'est-à-dire de penser différement comme
lui pense et vous le dit. Je ne sais pas si vous saisissez l'astuce
d'ordonner à quelqu'un de penser par soi-même tout en lui donnant un
ordre... Très rigolo...
Je ne savais pas d'ailleurs qu'il avait écrit de
telles conneries, et avait *lui-aussi* adhéré à l'amalgame du sport et de la
masse décérébrée, *lui-aussi* confondu le déclin du sport et le sport lui-même.
Donc surtout pas.
Mais il n'y pas que ça... ne mâchons pas les mots : ce texte est d'une prodigieuse
débilité. Aucune nuance, aucune différence même entre les sports eux-même
qui sont très différents, aucune différence entre la crétinerie du muscle et
de la performance et la noblesse, la subtilité de certains sports. Ce cher Philippe
redescend dans mon estime. C'est con, je l'estimais beaucoup.
Ah contraire, il critique bien un processus et avec un grand art et avec un
grand humour. Ben, c'est que vous n'avez pas du comprendre grand chose à ce
qu'il dit. On a bien plus besoin d'un Muray, d'un penseur de cet ordre que
d'un Maradona.
--
Yannick Rolandeau
"Il n'y a pas de lucidité sans séparation."
Philippe Muray