Yoki a écrit :
L'esthétique était sommaire mais pas plus vilaine finalement que celle de South Park. Question de goûts. Ca ne change rien à mon observation : ni Goldorak ni la plupart des autres "japanimations" (Candy, Albator, Lady Oscar,...) n'étaient des trucs "légers", à ranger dans cette culture ado du fun et du cool permanent, qui va des cartoons à l'esprit Laurent Ruquier. Jetez donc un oeil à Galaxy Express 999. Dans ces vieux dessins animés, il y était au contraire souvent question de guerres, d'exil et d'occupation, d'honneur, de vertu, de sacrifices,... et il n'était pas rare que des personnages se fassent carrément tuer. On est loin de l'ère du vide, non ? Et on comprend aisément les raisons de l'hostilité d'une Ségolène Royal devant ce déferlement de violence, de virilité et de compétition (la vision de la société qui s'en dégage est clairement celle du "strict father model" - et non de la "nurturing mother" de la culture de gauche - pour reprendre les concepts de la théorie des cadres de George Lakoff). Bref, aucune raison a priori de craindre un rejet de la réalité du monde des adultes...
Mouarf, où comment accumuler les bêtises en un seul paragraphe. Si vous connaissiez un peu l'histoire du manga depuis 45, vous comprendriez à quel point vous vous foutez le doigt dans l'oeil.
Le premier "robot" véritable, c'est Astro (Tetsuwan Atomu) en 1951. C'est un enfant, avec un coeur atomique. Si les auteurs de cette époque mettent en avant des héros adolescents, ce n'est pas seulement pour attirer le public, mais précisément parce qu'il n'y a plus aucune figure adulte légitime. Les adultes, ce sont ceux qui ont lancé la guerre, et qui ont causé la situation de pauvreté et l'occupation américaine. Alors que dans les comics, les super-héros sont des adultes qui combattent le nazisme, on ne peut rien avoir de tel au Japon. Il s'agit donc du triomphe des adolescents contre les pères. A noter, d'ailleurs, que dans ces séries (et notamment Mazinger Z, la série du même auteur que Goldorak, mais qui a eu du succès, elle), l'adolescent utilise le robot comme père de substitution, parce que, précisément le père est disqualifié (on a alors une relation petit-fils/grand père, on saute de génération comme chez.... Jules Verne).
Dans les années 70, un auteur de science-fiction japonais a même écrit une nouvelle qui s'intitule "génération de la révolution" où, précisément, les jeunes génération, étouffées par celles de la guerre (les pères) vont trouver le moyen de se révolter et même de faire le procès de ces criminels qui n'ont pas été jugés et purgés.
Enfin, dans les années 80, la prise de conscience du Japon comme puissance industrielle va changer totalement le schéma. Les grands robots vont finir d'être des pères de substitution pour être ce qu'ils sont, des machines produites en série, interchangeables. Mais le centre principal de ces histoires (comme dans Gundam) c'est précisément les nouvelles générations (Newtype) et leur capacité à renverser l'ordre des adultes.
Et dans les années 90, avec la série Evangelion, on aboutit même à l'inverse absolu, puisqu'on a le premier robot "féminin". Le pilote est plongé dans un liquide de type amniotique, et le héros va même y trouver l'odeur de sa mère disparue, alors qu'il est en conflit violent avec son père.
Alors votre démonstration, elle tombe bien à plat. Goldorak, c'est précisément un cas atypique au Japon, et en plus une série qui n'a pas eu un grand succès sur place parce qu'elle tranchait avec le canon habituel.
Note : bizarrement, Go Nagai, avait fait scandale pour une série intitulée "le lycée indécent" où les élèves passaient plus de temps à regarder sous les jupes des filles qu'à étudier. Attaqué par les associations familiales, il avait conclu le tout par une attaque généralisée de commandos PTA et la destruction complète du lycée. Ceci juste pour indiquer que ce n'est pas un "gentil auteur respectueux des valeurs du japon traditionnel" mais bel et bien un représentant de la pensée des années 60 (libération sexuelle et conflit entre les générations).