Re: Essai texte
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Date: 25. Dec 2007, 22:48:42
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LE MENSONGE SOCIAL DE LA CONSTITUTION
Le oui entre vaines promesses et imprécations
Frédéric LORDON
(CNRS)
Le peuple est un enfant, c'est bien connu. On ne le conduit qu'à la crainte ou à l'espoir. C'est pourquoi il faut tantôt lui promettre, tantôt lui faire peur. Les maîtres sont là pour connaître et faire reconnaître le vrai bien. À la baguette ils indiquent la voie et orientent les immatures. La baguette européenne est formelle : par ici-oui, mais pas par là-non.
VAINES PROMESSES.
Pour aller par ici-oui, il suffit de faire confiance aux éducateurs et de bien entendre leurs promesses : davantage de droits sociaux et un vrai bouclier antimondialisation. Mais la promesse de « droits sociaux » sonne étrangement le creux et, même à des enfants sages, il va être difficile de la faire avaler. Si l'on voulait donner un raccourci de la nature des engagements que la Constitution accepte de prendre en la matière, il faudrait sans doute le trouver dans l'article II-75 qui stipule, bizarrement, non plus que toute personne jouit du droit au travail, mais « a le droit de travailler », et surtout que toute personne « a le droit d'exercer une profession librement choisie ou acceptée ». Impossible ici de n'être pas saisi par une sorte de vertige sociologique qui conduit à s'interroger sur la conformation d'esprit capable de faire écrire une chose pareille. Car, prototype même du droit sans force, du propos sans suite et de la parole en l'air, cette vaine déclaration semble n'avoir le choix qu'entre les hypothèses alternatives de la sottise et du cynisme ; sottise de nanti jouissant d'un métier à la hauteur de ses exigences existentielles, de sa vocation choisie, tenant son propre privilège pour le lot commun et ne concevant pas qu'il puisse en aller autrement pour d'autres ; ou bien cynisme d'une poignée de mots abandonnés sans frais à tous ceux que seule la nécessité matérielle lève le matin, mène de force à un labeur au mieux inintéressant, au pire abrutissant, parfois même pathogène, et qui, selon une expression d'une pertinence intacte, « perdent leur vie à la gagner ».
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