Marie-Aude a écrit
( j16psake6mlx.veem6cejkzi6.dlg@40tude.net )
le premier débile venu est maintenant sûr d'être un grand artiste en
ratant des photos.
C'est bien toi qui le qualifie de débile ?
Oui.
ce qui m'intéresse, c'est comment tu décides, pour toi, de considérer
quelqu'un comme un "premier débile venu" ou pas ?
C'est parce que j'ai un tas de petites cases dans ma tête, plusieurs
milliers. Quelqu'un qui arrive dans mon champ cognitif, il se voit
immédiatement morcelé et les morceaux, tous rattachés entre eux par je ne
sais d'ailleurs quels fils, se répartissent dans ces cases. Il est grand,
elle est belle, ils sont joviaux, ou bien désagréables, etc. Chez moi chaque
adjectif est un rangement.
Et tant que cette personne est dans mes pensées, c'est la sarabande des
confettis qui la représentent, des confettis tout partout.
À noter que les confettis changent de cases à l'insu des gens eux-même,
hein. Un type pousse des cris épisodiques et se contorsionne de façon
bizarre, il va se retrouver avec des confettis dans barjot et original. Le
jour où des années plus tard je lis un truc sur Gilles de la Tourette, pouf,
v'la-t-y pas que pas mal de confettis de ces cases déménagent rapidement
dans celles associées aux maladies.
Et grâce à ces cases je juge super vite, on devrait commercialiser tiens.
Or on peut très bien avoir les deux à la fois, non ?
Bien sûr.
En fait le regard que je porte sur le monde n'est jamais que le mien, et
n'est jamais que ce que j'en comprends. N'empêche que ce regard ne se fait
pas tout seul, il y a tout un corpus de connaissances associées à une époque
qui le valide plus ou moins en permanence.
Donc l'art n'est que le regard d'un milieu, qui selon tes dires,
s'auto-entretien et se coopte ?
Et puisque les choses "sont" ou "ne sont pas", ce que tu penses t'es dicté
par ce même milieu ?
C'est quoi ce truc, t'as décidé de faire dans la maïeutique ?
Je porte un regard perso sur l'art. Il est construit par tout un ensemble
concordant de théories (pas les miennes), mais ce que j'en pense, c'est
personnel.
Alors tous ceux qui veulent faire de moi un pape ou une académie, tous ceux
qui voient dans mes propos un dogme à contester, tous ceux chez moi
cherchent moi une théorie dont ils seraient les examinateurs, en vérité je
te le dis, tous ceux-là perdent leur temps.