Nico wrote:
Merci pour votre réponse !
Donc, en fait, l'ANR, plus qu'une agence de financement et une agence de
pilotage...., mais je ne saisi pas l'idée de "despostisme éclairée" cad que
l'Etat garde l'oeil sur tout ce qui se fait en matière de recherche ? Mais
n'est ce pas le cas actuellement avec des institutions publiques comme le
CNRS, l'INRA, l'INSERM ? Merci!!! Nico
Disons que dans le cas de l'ANR, les gens qui prennent les décisions
sont beaucoup plus proches du ministre (en terme de qui nomme qui ou qui
commande qui). Dans le cas des organismes de recherche, la structure est
plus complexe. Par exemple, le CNRS a récemment ajouté une strate
régionale supplémentaire à son organigramme. Les gens à ce niveau sont
redevables à leurs supérieurs, pas au ministre. Dans d'autres
structures, il y a des procédures électives dans lesquelles les
syndicats sont dans une position de force qui exagère leur représentativité.
Chacun des deux systèmes a à mon avis autant de bonnes raisons de
marcher et d'échouer. Comme je le disais dans mon précédent mail, c'est
avant tout un problème de confiance dans la capacité de la hiérarchie
(président d'organisme ou ministre) à jouer le jeu de l'ouverture et à
laisser une place aux recherches qui dérangent. Beaucoup de prix Nobels
sont accordés à des gens qui font l'unanimité vingt ans après, mais qui
n'ont pas été pris avec sérieux au moment des recherches menant à leurs
découvertes (comme les transoposons ou la neurogénèse chez l'adulte).
Ouvrir la revue Nature ou Science comme un catalogue pour décider des
priorités de l'année suivante, c'est un très bon moyen pour avoir de
bonnes publications, et c'est aussi le meilleur moyen pour ne jamais
avoir le prix Nobel. Les chercheurs ont peur qu'une hiérarchie
déconnectée ou trop soumise à un agenda politique privilégie ce qui fait
joli sur une plaquette en papier glacé, comme le facteur d'impact, au
détriment de ce qui est plus risqué.
Regardons les priorités de la France : biotechnologies et
nanotechnologies. Regardons celles des autres pays riches: pareil. On
peut en conclure que ni en France ni dans le monde il n'y a vraiment de
stratégie. Que signifie « piloter » dans ce cas ? J'ai été effaré en
lisant l'interview d'un ministre dans Nice-Matin. On lui demandait un
bilan de son action, et il répondait « sur 60 pôles de compétitivité,
soit moins de un par département, j'en ai eu deux pour les
Alpes-Maritimes (son fief) ». Voilà ce qui se cache derrière le pilotage
quand il n'y a pas de pilote : les confits d'intérêt régionnaux prennent
le pas sur les questions de recherche.
Voilà, je ne présente pas les choses de manière tr:s impartiale, car
j'en ai trop gros sur le cœur après la manière dont les chercheurs ont
été roulés lors des états généraux de la recherche. Cela m'a laissé une
très forte méfiance envers toutes les institutions, qui dès qu'elles
sont trop grosses se concentrent sur des questions de structure et de
pouvoirs, et oublient la science.
Bonne journée,
--
Charles Plessy
Wako, Saitama, Japon
http://charles.plessy.org