http://www.francesoir.fr/societe/2008/05/20/alcool-qui-es-tu-buveur-excessif.html
Alcool - Qui es-tu, buveur excessif ?
Homme, femme, adolescent, pauvre ou riche. Tout le monde n'a pas la même
consommation d'alcool. Pourtant la distinction et la compréhension de ces
facteurs sont indispensables pour mettre en place une politique de santé
publique efficace.
Une étude (*) publiée en avril dernier par l'Institut national de prévention
et d'éducation pour la santé (INPES) a permis de mesurer la prévalence des
problèmes d'alcool au sein de la population française en dressant une sorte
de portrait type du « buveur excessif ».
Ainsi, on note que le risque de forte consommation d'alcool concerne surtout
les hommes âgés de 25 à 64 ans. Il touche quasiment un homme sur deux (44
%), contre 12 % des femmes.
Stress et précarité
Cette consommation excessive est particulièrement sensible chez les
personnes seules, affectant moins les personnes qui vivent au sein d'une
famille. Et, contrairement aux idées reçues, la condition sociale n'est pas
toujours liée à l'alcoolisation excessive. Exemple : les femmes cadres se
distinguent par une consommation à risque plus fréquente.
Stress, solitude. les raisons peuvent être nombreuses. Alors que chez l'homme
le risque touche les ouvriers ou les cadres plutôt que les employés.
Le risque est plus souvent chronique chez les personnes ayant connu des
périodes de précarité au cours de leur vie, chez les hommes exerçant une
profession intermédiaire, artisans, commerçants ou chefs d'entreprise, ainsi
que chez les hommes à faibles revenus.
Des différences géographiques sont également relevées. Ainsi, chez les
hommes, la consommation à risque est plus élevée dans le Nord, le Sud-Ouest,
l'Ouest et la Méditerranée. Plutôt dans le Nord pour ce qui est des femmes.
(*) « Les problèmes d'alcool en France : quelles sont les populations à
risque ? », in Questions d'économie de la santé, 2008.
Samira El Gadir , le mardi 20 mai 2008 à 04:00
Philippe Batel, Alcoologue* : « L'alcool, un fléau national »
FRANCE-SOIR. Que pensez-vous de la décision de l'OMS d'entamer un processus
de lutte contre l'alcoolisme ?
PHILIPPE BATEL. Je me réjouis que l'OMS se mobilise enfin sur ce sujet
compliqué. Le problème c'est que l'alcool est un produit très souvent
valorisé et que les politiques de santé publique (sur le tabac et autres
produits nocifs) mettent souvent en marge. Or n'oublions pas que 15 % des
utilisateurs auront au cours de leur vie un ennui ou un « dommage » dû à l'alcool
(tension artérielle, conduite en état d'ivresse.).
L'intervention de l'OMS signifie-t-elle que l'alcoolisme est avant tout un
fléau international ?
L'alcool est un fléau mondial et un fléau national. On dénombre aujourd'hui
23.000 décès en France directement liés à la consommation d'alcool. Et
45.000, si l'on associe le facteur alcool au tabagisme. Mais surtout, l'alcoolisme
a des conséquences sociales qui coûtent aux Français 7,6 milliards d'euros
par an : arrêts de travail, maladies, violences. Mais cela dit, il rapporte
également beaucoup. Ce qui explique que pour le vin, par exemple, la
fiscalité n'a pas bougé depuis 80 ans. Le vin est sans cesse sanctuarisé.
Une consommation de vin n'est pas moins nocive qu'une consommation de bière.
Ce qui importe c'est la quantité d'alcool contenue dans la boisson et non le
support (vin, whisky.)
Quelles seraient pour vous les mesures appropriées ?
D'abord le dépistage précoce. En France, lorsque l'on va chez son médecin
généraliste, on ne parle pas de sa consommation d'alcool. De nombreuses
études montrent que les médecins sont souvent réticents. Ensuite, les «
interventions brèves » peuvent diminuer considérablement la consommation d'alcool
en France. Aux médecins de donner aux patients des conseils en évaluant leur
capacité de changer leur consommation et de les inviter à le faire.
*Dans son livre Pour en finir avec l'alcoolisme, paru en novembre 2006, le
Dr Philippe Batel, explique comment réussir son sevrage tout en maintenant
sa vie active. Il a également publié Alcool : de l'esclavage à la liberté,
en octobre dernier