LES SANS LOGIS et la LUTTE FINALE
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Date: 04. Jul 2008, 21:16:44
FRANCE
Les Sans-Logis de la Lutte Finale
jeudi 16 septembre 2004, par Viktor Dedaj
Bonjour,
Pourquoi nous ont-ils jeté à la rue ? Nous n’avons rien fait de mal.
Toute notre vie, nous l’avons consacrée à défendre des causes où nos
noms ne figuraient pas. Comme ils nous l’avaient appris. Certes, nous
n’avons pas toujours été faciles à "gérer" comme on dit, mais
globalement, nous avons été de bons élèves - je crois. Indisciplinés,
mais studieux. Alors pourquoi nous ont-ils jeté à la rue ?
Pas facile d’être un révolutionnaire, trouvez-pas ? Oh, je ne parle
pas des révolutionnaires en paillettes, qui tiennent le rôle du Ara
(bavard coloré de grande taille - en trois lettres) sur le perchoir de
quelque salon doré parisien, je parle de celui qui n’est jamais invité
aux dîners exquisément subversifs de la gauche caviar.
Personnellement, ça ne me gêne pas. De toutes façons, je préfère le
saucisson.
Je ne suis pas sensible aux étiquettes. Mais lorsque j’entends le
cliquetis des couverts, les rires feutrés des convives, le brouhaha de
la Gauche la Plus Conne de la Planète, les quelques banalités
formulées sur les marches à la sortie devant un parte-terre de
journalistes avides de petites-phrases et allergiques aux grandes
pensées, j’ai parfois bien envie de me proclamer révolutionnaire-
communiste-marxiste-léniniste-guévariste-castriste. Sans oublier de
préciser "de gauche", évidemment. Un peu par provocation, un peu par
hommage aux anciens.
Le mois de septembre à la fête de l’Humanité était notre rendez-vous
incontournable, notre pèlerinage, notre tâche de rougeur dans un monde
trop gris. Nous étions entre nous et ma foi assez contents de l’être.
Cette année, je suis retourné à la fête de l’Humanité pour la
promotion d’un livre convulsif écrit dans l’urgence d’un élan de
solidarité qui n’est pas près de s’éteindre. J’ai subi une mini-
tornade et admiré des milliers de t-shirt mouillés. J’ai enduré les
coupures de courant dans les stands, marché dans la boue, mangé de la
charcuterie Corse qui chantait encore entre les deux tranches de
pain.
Je me suis rendu à l’heure au mauvais endroit. Je me suis rendu au bon
endroit mais à la mauvaise heure. J’étais enfin au bon endroit et à la
bonne heure, mais les autres n’y étaient pas... J’ai distribué des
tracts, avalé de la poussière, souffert de la constipation pendant
deux jours.
Alors pourquoi nous ont-ils jeté à la rue ?
"Cuba est une île" (vous l’avez reconnu - de Danielle Bleitrach et
Viktor Dedaj) fut interdit dans l’espace "in" de la Cité du Livre. Les
auteurs d’abord, notre éditeur voulait nous placer dans la grande
salle à côté de ses autres poulains : "ceux-là pas question !" lui fut-
il répondu, alors les débats... Nous avons été relegués dans un stand
périphérique, cachés par une grande planche, pour nous découvrir
fallait le vouloir. Les copropriétaires de la direction de l’humanité
nous ont jetés à la rue comme des locataires indésirables en
commençant par nous couper le gaz et l’électricité, mais nous avons
bivouaqué et bien rigolé autour de notre camping gaz... À l’abri des
averses derrière notre planche et les piles de nos livres... Nous,
nous étions sous la pluie. J’ai entendu au loin le cliquetis des
couverts et une voix du copropriétaire qui demandait que l’on
débarrasse le salon de ces quelques trublions.
Parce que nous exclure ne leur a pas suffit, le livre au départ avait
eu plus de chance que nous, comme tous les autres de notre éditeur il
avait été placé sur un présentoir de l’espace in , mais dès le
vendredi soir un grouillot est venu les rapporter en disant "de celui-
là on n’en veut pas". Notre livre est venu rejoindre ses auteurs
derrière la grande planche. Pourquoi pas ? Miracle les foules nous ont
découvert et les piles se sont mises à fondre...
Le lendemain dans l’Humanité, dans le compte-rendu des meilleures
ventes de livres sur la Fête, ils se sont quand même sentis obligés de
mentionner "un livre de Danielle Bleitrach sur l’Algérie". Vous avez
bien lu.
A la direction de l’Humanité, on aime s’afficher comme "le journal de
ceux qui luttent", mais pas question de laisser ne serait-ce qu’un
coin de table aux voix discordantes. Discordantes par rapport à qui,
au fait ? Pas par rapport aux communistes, en tous cas.
L’année dernière déjà, une pétition lancée en solidarité de Cuba
s’était vu boycotter par pratiquement tous les "officiels" du
communisme à la française. Une maigre poignée de militants a quand
même réussit l’exploit de récolter plus de 5000 signatures en deux
jours. Pas un mot dans l’Humanité, bien sûr.
Cette année Cuba était menacé du plus terrible des cyclones, pas un
mot de solidarité sur la Grande scène, les copropriétaires du parti et
de l’huma en avaient décidé ainsi même si les drapeaux cubains et les
tee shirts à l’effigie du Che fleurissaient sous l’averse.
En quoi croient-ils encore, ces communistes festifs ? Se rappellent-
ils encore de la signification du mot "solidarité" ou sont-ils juste
capables de l’imprimer ? Pendant combien de temps encore feront-ils
semblant ? Nous n’étions pas les seuls exclus, les copropriétaires
voulaient vendre cher le m2 et les pauvres Cubains les gênaient autant
que les prolos qui s’obstinaient à faire passer dans leurs stands les
chants révolutionnaires... Les vendeurs de vignette debouts comme de
fières sentinelles cohabitaient avec des personnels de sociétés de
sécurité en uniforme qui plaçaient des bracelets aux poignets...
J’ai longtemps cru que le cercle de La Gauche la Plus Conne de la
Planète s’élargissait. A présent, je pense au contraire qu’il se
contracte, en entraînant le PCF avec lui. Nous, nous sommes toujours
là où on nous attend. Pas bougé d’un poil.
A présent, je comprends. En fait, ils ne nous ont pas mis dehors.
C’est eux qui ont déménagé les locaux, pendant la nuit. Sans prévenir,
l’Humanité s’est délocalisé vers la droite en emmenant tous les
meubles. Apparemment ils ont trouvé des co-locataires qui payent
mieux.
Viktor Dedaj
"libre comme l’air"
sept. 2004
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| Date | Sujet | | Auteur |
| 01.01. | | | |
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