Le besoin en propagande justifie tous les mensonges...
Le coup de colère que je vais passer ici, date de trente-sept ans, année
1971.
Le mensonge que je vais dénoncer se situe au maximum deux ans
auparavant, sous Pompidou, donc.
La justification est qu'alors la télévision était l'instrument docile
d'un parti totalitaire : le parti gaulliste au pouvoir.
Nous applaudissions à chaque petit bout de contre-doctrine qui avait pu
échapper aux censeurs.
Au Nouvel Observateur, le chroniqueur films et télévision était Bernard
Clavel. Il était donc ravi du téléfilm "La vie de Pierre Baugé,
tourneur-fraiseur P3". Je l'avais vu aussi, probablement en résidence
universitaire. P3, donc au sommet de sa qualification ouvrière, ce Baugé
était délégué syndical, et marqueur de buts dans son équipe locale de
foot, bon père, bon époux : le maximum d'épanouissement possible en
restant dans la classe ouvrière.
Arrive alors à l'atelier une nouvelle machine, que Clavel, en bon
littéraire ignare en technique, décrit comme "déjà inquiétante"... rien
ne tourne quand on la met en service, seules sortent des bulles de
l'électrolyte : une machine à électro-érosion. Et lors de la remise du
prochain bon de travail, le contremaître ne donne qu'un temps ridicule à
Baugé, pour exécuter une nouvelle pièce, puis devant ses cris explique :
"Ah non, tu ne fais que l'ébauche. La finition, c'est la machine à
électro-érosion qui la fera. "
Et la descente de Pierre Baugé dans la déchéance professionnelle
s'amorce. Il devient coléreux, n'a plus raison dans ses conflits avec la
maîtrise, perd sa position de délégué syndical, est hospitalisé pour
dépression...
Et Clavel d'admirer cette peinture de l'ouvrier pris dans le processus
de capitalisation des moyens de production et de déqualification du
travail ouvrier...
Printemps 1971, je vais rencontrer à son atelier "Les applications
mécaniques", mon futur beau-père. Il a une machine à électro-érosion,
une seule. Et que fait-on avec ? Des trous et des creusages difficiles.
On peut faire de la finition avec ? Certainement pas ! Cela laisse un
état de surface noir et criblé de cupules, et les trous ont une
géométrie cônique ! On ne fait que de l'ébauche avec.
Voilà, ce mensonge de téléfilm était bien assez bon pour nous : la
nouvelle machine qui fait la finition et déqualifie le super P3...
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La science se distingue de tous les autres modes de transmission des
connaissances, par une "croyance" de base : nous croyons que les
experts sont faillibles, que les connaissances transmises peuvent
contenir toutes sortes de fables et d’erreurs, et qu’il faut prendre
la peine de vérifier, par des expériences.
-- Jacques Lavau (retirer les anti et les spam pour le courriel)
http://lavaujac.club.fr