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LA RAISON D'ETAT ET LA SCIENCE sur Fr Bio General



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LA RAISON D'ETAT ET LA SCIENCE



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LA RAISON D'ETAT ET LA SCIENCE

   
Sujet: LA RAISON D'ETAT ET LA SCIENCE
De: quintal (l' arobase) francom.esoterisme (quintal)
Groupes: francom.esoterisme, fr.sci.divers, fr.soc.complots, francom.ovni, fr.soc.sectes, fr.bio.general
Organisation: Club-Internet / T-Online France
Date: 06. Jun 2007, 23:01:09
http://sciencefrontieres.free.fr/art/jppfest.htm

Article paru dans la revue Science Frontières n°52, avril 2000 - Tous
droits réservés

 

LA RAISON D'ETAT ET LA SCIENCE

 

Intervention lors du débat : «Faut-il être hérétique pour innover en
science ?», Festival Science Frontières 2000.

    

    Jean-Pierre Petit, vous êtes-vous fait la réflexion que lorsqu’on
arrive avec des idées nouvelles et donc innovantes, on se retrouve en
porte à faux et donc quelque part hérétique... ou est-ce que c’est
plus grave que cela ?

        Je ne pensais pas que les 25 dernières années auraient été si
difficiles… Je suis un dur à cuire mais j’ai vu des gens se faire
écraser alors qu’ils essayaient de m’aider... Ils l’ont payé
extrêmement cher. Le milieu de la science est extrêmement cruel et
actuellement, quand on pense à l’hérésie, on imagine des procès
d’hérésie. Or personne ne m’a fait de procès ; il n’y a aucune ligne
négative sur moi dans la presse ; personne ne m’attaque... En fait, je
recherche la confrontation, et je serais prêt à aller dans n’importe
quel séminaire pour rencontrer n’importe quel scientifique et débattre
avec lui. Le problème auquel je me heurte, c’est le vide, le silence,
la difficulté de croiser le fer avec des gens qui pourraient être
considérés comme des opposants.

        Je ne compte plus les séminaires dans les instituts de
cosmologie où je parle devant des gens qui ne formulent aucun
commentaire. Je ne peux pas dire que c’est une situation qui est dure
à vivre parce que de toute façon c’est mon choix et que je travaille
par intérêt intellectuel, mais que ça puisse aller jusque là me
surprend tout de même. J’ai eu un seul thésard, Bertrand Lebrun. Sa
thèse a donné lieu à des publications scientifiques et à des
communications dans des congrès. A l’issue de cette thèse, on m’a dit
verbalement que ce n’était pas la peine qu’il cherche à rentrer dans
un laboratoire... Simplement parce qu’il avait travaillé avec moi.
C’est tout de même vertigineux ! Depuis cette expérience, il y a 14
ans, j’ai dû refuser tous les thésards (bien que, dans ses rapports
sur mon travail, le CNRS «déplore mon peu d’attention pour
l’encadrement de la recherche»). Pourtant, il ne se passe pas un an
sans que des jeunes me disent que ce que je fais les passionne, qu’ils
aimeraient faire une thèse avec moi. Mais à chaque fois je réponds que
je ne peux pas parce que si on ne peut plus m’atteindre, eux, on les
massacrerait.

        Cette situation est grave, parce que ce n’est pas une atteinte
aux individus, c’est autre chose. Je me suis configuré de manière à
travailler avec un papier et un crayon, tel que c’est parti maintenant
si quelqu’un voulait me financer, je ne verrais pas pour quoi faire de
ses subsides, sinon pour pouvoir me rendre à des congrès, ce que je
n’ai pas pu faire depuis 1983. En dehors de cela je pourrais acheter…
des livres et des crayons, c’est tout. En revanche, l’impossibilité de
travailler avec des jeunes est une situation grave. Je pense qu’il
existe quelque chose de beaucoup plus grave que j’ai vécu
personnellement : l’intervention de la Raison d’Etat en science.
Est-ce que les politiques et les militaires peuvent stopper des
recherches ? Je l’ai vécu, je l’ai raconté dans des livres... J’en ai
eu des preuves et je les ai publiées. Il y a 14 ans, mes recherches
ont été stoppées et pourtant elles se situaient dans le cadre de la
rationalité, dans le cadre d’un progrès scientifique indéniable. Avec
Lebrun, nous avions créé de toutes pièces une nouvelle mécanique des
fluides, surpersonique et sans ondes de choc. Sans précédent. C’était
riche de possibilités diverses et on a laissé ce blé pourrir sur pied,
délibérément. J’ai appris quelque chose récemment : autant les
militaires avaient fait capoter mes recherches dans le secteur civil,
autant ils n’ont pas été capables de les poursuivre ! Dans mon for
intérieur de chercheur j’ai été profondément choqué. Là, ça n’est pas
moi qui suis la victime, c’est le progrès scientifique, c’est la
science qui se trouve être la victime d’imbéciles, de gens qui ont
peur. Je crois que dans la science, surgit une question fondamentale :
«Est-ce qu’on a peur ? Est-ce qu’on a peur du progrès scientifique, de
la nouveauté ?». J’ai découvert des gens inquiets, pusillanimes, qui
ne voulaient pas faire d’enquête. Bon sang, si j’avais été flic,
j’aurais aimé pouvoir aller jusqu’au bout d’une enquête... On n’aurait
pas pu me dire : «là monsieur on n’enquête pas !». Or, dans ma
carrière de chercheur ça c’est passé comme ça et si je fais de la
cosmologie aujourd’hui c’est parce que je n’ai pas pu faire de la MHD
(magnétohydrodynamique).

        J’ai fait ça parce que je ne pouvais pas mener à bien mes
propres travaux de recherches. Je ne pouvais pas les mener comme
Bernard Palissy dans une cave en brûlant mes meubles. J’ai agi ainsi
pendant des années, produisant des travaux de qualité internationale
(colloque international de MHD de Moscou, 1983) à partir de travaux
expérimentaux effectués dans … une chambre de bonne équipée en 30.000
volts. Mais tout cela a ses limites. En 84 j’avais abandonné, parce
que «le projet Rouen s’ébauchait», avec l’aide de la Directon Générale
du CNRS (Papon, Combarnous). J’ignorais que trois ans plus tard les
militaires le feraient avorter. L’idée de supprimer les ondes de choc
grâce à des forces électromagnétiques, grâce à la MHD, est une grande
idée. Je suis fier de l’avoir eue. Il n’existe plus aucun scientifique
qui oserait en sourire, en France ou à l’étranger. On n’a pas été
capable d’impulser ces recherches en France alors qu’en 1975 on était
en avance sur le monde entier ! Des gens les ont stoppées et
aujourd’hui, on apprend que non seulement ils ont fait ça mais en plus
ils ont été incapables de les poursuivre, et ça, c’est irrecevable.

    

    - Qu’ils les aient stoppées par peur de la nouveauté, par
pusillanimité, c’est une chose mais ces recherches pouvaient avoir des
applications militaires : qui dit propulsion dit fusées, avions,
missiles. Est-ce que cet aspect du problème jouait un rôle ?

        Les applications militaires étaient à trop long terme, donc
elles ne pouvaient pas vraiment jouer. Il y avait un aspect
conceptuel, il fallait prendre en compte des questions qu’on ne
voulait pas avoir à prendre en compte. C’est arrivé au point où j’ai
fini par prendre mes distances : vous ne me voyez plus à la
télévision. Je ne suis plus dans les médias parce que je trouve que ça
ne sert à rien. Je me suis rendu dans des dizaines d’émissions, j’ai
été confronté à tous les charlots de la Terre. Maintenant, j’en ai
plein le dos. Quand les gens des medias me sollicitent pour que je
participe à un débat, je dis «non j’ai assez donné»... Je ne me suis
jamais retrouvé autour d’une table avec des gens compétents, on m’a
collé dans les pattes tous les charlots imaginables !

    

    - Jean-Pierre Petit, vous avez un site internet
(http://www.jp-petit.com) extrêmement consulté depuis deux ans.
N’est-ce pas la solution ?

        Effectivement, on pourrait passer des heures à faire le procès
de la science, de sa situation, mais on est là aussi pour trouver des
solutions et avoir des stratégies. Jacques Benveniste et moi faisons
figure de francs-tireurs ; lui se bat avec ses armes et moi avec les
miennes. Lorsque mon étudiant thésard Bertrand Lebrun avait voulu
soutenir sa thèse, il y a 15 ans, je m’étais retrouvé face à des
réactions à l’Université de Marseille qui m’avaient sidéré : le
Conseil Scientifique avait refusé la thèse qui était rédigée. Il y
avait eu des publications, un jury, tout était correct, mais on m’a
dit : «non, mais ce n’est pas pour des raisons scientifiques,
rassurez-vous.» En tant que scientifique, je me suis senti seul face à
une aberration. J’ai eu la sensation que le sol vacillait sous mes
pieds. Finalement, une solution s’est présentée, grâce à mon ami jean
Coirier, qui présidait le conseil doctoral de l’université de
Poitiers. C’est là-bas que la thèse a pu être soutenue. Combarnous fut
le président du Jury et l’ambiance fut celle d’un enterrement, de
l’enterrement d’une recherche, car ça n’était rien d’autre. Deuxième
expérience : c’était il y a trois ans. J’essayais de publier le
travail d’astrophysique décrit de manière vulgarisée dans mon livre On
a perdu la moitié de l’univers (Ed. Albin Michel).

        Généralement, lorsqu’on expédie un travail à une revue, qui se
situe en dehors des “courants dominants”, on reçoit des réponses de
revues scientifiques qui sont, en traduisant en français, du style : “
désolé, nous ne publions pas de travaux à caractère spéculatif ”. Or
il se publie quodidiennement nombre d’articles consacrés à la théorie
des supercordes, qui en trente ans n’a jamais pu faire état du moindre
lien avec l’observation ou l’expérience ! J’ai décidé finalement
d’adresser cet article à la revue Astronomy and Astrophysics, qui se
trouvait être dirigée par un français, l’astrophysicien James Lequeux.
Je pouvais donc avoir avec lui une conversation téléphonique,
puisqu’il résidait à Paris, ce qui n’aurait pas été possible avec un
directeur de revue basé à Berkeley ou à Cambridge. Il m’a
immédiatement fait ce type de réponse alors je l’ai appelé en lui
disant que mon travail n’était pas plus spéculatif que les théories de
la matière sombre. Je lui ai demandé de la soumettre à un
scientifique, à un «referee». Il l’a fait, et l’affaire a duré 10
mois. Lequeux espérait que le referee allait mettre aussitôt mon
travail à bas, mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Un dialogue très
serré s’est établi avec le referee (anonyme), qui m’a posé énormément
de questions, une cinquantaine. De toute évidence, ce travail le
passionnait. Sa première réaction avait été «provocating and
interesting» (provoquant et intéressant). Au bout de 10 mois, alors
que je pensais qu’on arrivait vraiment à l’aboutissement d’une
publication, Lequeux a pris la décision d’arrêter, estimant «que cela
avait assez duré». J’ai essayé de négocier, expliquant qu’on pouvait
peut-être conclure rapidement, et il m’a répondu : «non, ma décision
est irrévocable». A ce moment-là j’ai découvert quelque chose que je
ne savais pas : seul le directeur d’une publication est habilité à
accepter ou refuser la publication d’un article, le referee ne
fournissant qu’un avis consultatif... Lequeux m’a écrit cela noir sur
blanc. Vous vous rendez compte du pouvoir absolu que possède le
rédacteur en chef de la revue ! Qu’est-ce qu’une revue scientifique
comme Science, comme Nature, qui est mise entre les mains d’un homme ?
Aucun recours n’existe parce qu’il n’y a pas de droit en science. Il
n’y a que des entreprises privées, les revues en sont et on ne peut
pas les attaquer en justice parce qu’elles n’auraient pas analysé un
article correctement. Tout d’un coup j’étais dans une impasse.

        Je me suis tourné vers Internet, ce qui donne la possibilité
d’avoir un nombre de pages illimité et permet de communiquer avec un
nombre illimité de personnes. Pour le moment, c’est un vaste forum,
très anarchique, mais potentiellement, c’est la liberté. Le nombre de
lecteurs d’un article scientifique est en moyenne ridiculement faible.
Il est vrai que lorsqu’on fait une publication, on s’attend à ce que
300 personnes la lisent. C’est étonnant, mais il n’y a guère que 3 à 6
personnes a tout casser qui lisent l’article entièrement. Sur Internet
on peut mettre 30 pages si on en a besoin et 200 pages d’annexes qui
deviennent un véritable cours pour permettre aux gens de comprendre.
Ces dernières semaines, j’ai fait une expérience très intéressante :
j’ai fait une conférence à l’Ecole Centrale de Paris devant des jeunes
qui ont entre 21 et 24 ans en moyenne. Ils ont un diplôme de
mathématiques spéciales supérieures et tout d’un coup j’ai réalisé
leur intérêt et leur honnêteté scientifique. Ils étaient intacts,
prêts à considérer des idées nouvelles... et il y a des milliers
d’étudiants de grandes écoles ! Maintenant, c’est à travers eux que je
vais attaquer. Jacques Benveniste pense que s’il arrive à publier un
article dans Nature les chose vont changer... Peut-être, mais moi, je
n’ai pas cet espoir parce que si je vais dans un cénacle de cosmologie
ou d’astrophysique et que j’y fais un exposé, même si je parle et que
personne ne peut me contredire, l’attitude sera : «cause toujours mon
bonhomme !»… Les gens s’en foutent ! Il faut peut-être que la pression
vienne d’ailleurs, de la jeunesse et de gens qui ont envie d’avoir des
idées.

        Aujourd’hui la communauté scientifique est réfractaire à toute
idée nouvelle. Il est fantastique de découvrir qui sont exactement les
gens qui figurent dans les commissions du CNRS : on a l’impression que
la science est le dernier de leurs soucis et qu’ils ne pensent… qu’à
leur carrière. Je ne vais pas cracher dans la soupe mais vous seriez
stupéfaits des conversations que l’on peut entendre dans les
cafétérias des grands laboratoires entre midi et deux... C’est
hallucinant ! Ils parlent du match de footblall, de l’émission de télé
de la veille, de la sortie de l’école, mais vous n’entendez jamais de
conversations passionnées sur la science ! Au début du siècle, dans
les universités, les gens avaient le feu sacré : ils parlaient,
débattaient, s’enflammaient... Aujourd’hui, je connais nombre de
laboratoires où rien ne se dit, rien ne se fait ou se tente. Je parle
de laboratoires axés sur la science fondamentale et non de labo axés
sur les applications technologiques. Dans ce second domaine, c’est
totalement différent (microprocesseurs, technologie spatiale,
télécommunications, etc). Souriau pense, comme moi, que la science
fondamentale s’est arrêtée en 1950, avec les derniers travaux de
Feynman, sur l’électrodynamique quantique. La physique théorique se
concentre actuellement entièrement sur la «théorie des supercordes».
Or, en trente ans, cette théorie n’a jamais pu fournir de moindre
modèle de quoi que ce soit, interpréter la moindre observation,
proposer la moindre expérience. N’est-ce pas extraordinaire ? Au plan
expérimental on en est aux «épicycles de Ptolémée». Personne ne
songerait plus à parler de «particules élémentaires». Les gens
observaient, en accroissant les énergies, sans les accélérateurs, les
infinies couleurs d’un objet observé à travers un bouchon de carafe.
Mais, au lieu de tenter de décompter toutes ces «facettes spectrales»,
ne serait-il pas plus opportun de comprendre quel est le «système
optique qui les crée» ?

        Je dînais récemment avec Jacques Testart et j’ai été fort
surpris d’apprendre que la situation était similaire en biologie,
discipline que l’on croit pourtant être en pleine expansion. Or, si on
sait cartographier un génome, le dissèquer, gène par gène, on ne
comprend pas comment cela fonctionne. Apparemment, les gènes
transplantés deviennent étrangement non-fonctionnels. L’ADN, selon
Testart, n’est qu’une vaste banque de données. L’intelligence de la
vie serait ailleurs. Celle-ci ne se manifeste que lorsque cet ADN est
intégré dans une cellule, élément vital par excellence. Donc les
rapports ADN-cytoplasme sont essentiels. Or on ne connaît pas les
mécanismes qui les régissent. Donc ce “ fantastique progrès de la
biologie moderne ” serait une vaste illusion. Nous n’aurions,
finalement, pas compris grand chose à ce phénomène nommé “ Vie ”.
Imaginons quelqu’un qui voudrait analyser une langue et qui en serait
au stade du lexique. Il a recensé une masse de mots, les a rangés dans
un dictionnaire, a dégagé quelques élements de syntaxe, et même de
grammaire. Mais la sémantique lui est étrangère. Il ne sait que
composer des phrases comme “le mercure pleure”.

        

    - N’êtes-vous pas devenu, à deux ans de la retraite, très
pessimiste ?

        Ne croyez pas cela. D’abord, pour moi, le mot retraite est
vide de sens. Je reçois des renforts inattendus. Je collabore d’abord
avec des gens qui préfèrent… rester discrets. Ceci se traduit par… un
système de pseudonymes, pour les publications. Cela peut paraître
aberrant, mais c’est moins consommateur en énergie. Pour chercher
heureux, cherchons cachés. Internet me permet de me passer des
éditeurs, de la presse, d’avoir un contact direct avec des chercheurs
situés à 10.000 km de chez moi, sans avoir à me déplacer. Si j’ai
décidé de ne plus écrire de livres en support conventionnel, je me
suis orienté vers «l’édition électronique». Je diffuse deux CD, cent
francs l’un, 180 F les deux. Cinq mille pages de lecture, 19 bandes
dessinées, cinq livres (chèque à libeller à l’ordre de J.P.Petit, 9
tour d’Aygosi, 13100 Aix en Provence. Le port est compris). Mais il y
a d’autres choses, assez amusantes. Je vous en citerai une, avant de
conclure. Vous savez peut être que mes travaux d’astrophysique, à la
différence de beaucoup d’autres, se prêtent à des simulations sur
ordinateur, passionnantes. Les premières avaient été effectuées en
1994 par un chercheur, sur l’ordinateur du puissant laboratoire DAISY,
en Allemagne (accélérateur de particules). Ce garçon, pour ne pas
s’attirer tous les ennuis de la Terre, avait dû travailler «en
perruque». C’est là que nous avions par exemple pu reconstituer la
genèse de la structure à grande échelle de l’univers, le confinement
des galaxies, leur structure spirale. Mais comme ce garçon, dont je
tairai le vrai nom («Fred» dans mes livres) est allé faire une
(brillante) carrière dans un autre labo, ces recherches furent
interrompues, en 1994. Depuis six ans, rien. Croyez-vous que ceux qui
disposent de puissants systèmes (les françaises Athanassoula à
l’observatoire de Marseille, ou Françoise Combes à l’observatoire de
Paris) auraient ne serait-ce que tenté quelques essais, dans la
direction que je proposais (c’est-à-dire l’interaction entre l’univers
et son jumeau) ? Pas du tout.

        Il se trouve qu’il y a quelques mois deux ingénieurs en
retraite, qui ont oublié d’être bêtes, ces deux-là, se sont proposés.
Il se trouve aussi que les fantastiques progrès de l’informatique ont
fait que de tels calculs, qui il y a encore peu d’années,
nécessitaient des systèmes ultra-performants, tels qu’on n’en trouvait
que dans des laboratoire, sont devenus à la portée de machines
abordables (Macintosh tournant en 500 Mhz, avec 180 Mo de mémoire
centrale). Mes deux retraités astrophysiciens amateurs avaient dont
refait des travaux d’il y a dix ans, seuls et de manière très
astucieuse. Ils avaient ainsi reconstitué, à l’aide de 3000
«points-masses», la structure de la galaxie M51 (les chiens de chasse)
dont la structure spirale, fort spectaculaire, est liée au passage
d’un «compagnon», d’une petite galaxie qu’on voit «accrochée à l’un
des bras, comme l’extrèmité d’une massue. Un très joli ouvrage, pour
du «travail d’amateur». Ils s’étaient alors mis en rapport avec six
astrophysiciens connus, offrant leurs services, demandant des
directives. Aucun ne leur répondit, ce qui les déconcerta beaucoup. -
L’explication est simple, leur ai-je expliqué. Vous avez les mêmes
outils qu’eux, maintenant, et ils n’ont aucune idée à vous proposer.
Leur silence n’est que la traduction de leur gène. J’ai branché mes
deux retraités sur des problèmes passionnants. Les recherches
interrompues en 94 repartent donc. J’ai donc deux «étudiants», deux
«thésards», l’un ayant 66 ans et l’autre 68... Si nous perçons un jour
quelques secrets du cosmos, et à mon avis ça ne saurait tarder, les
professionnels de la discipline vont vraiment être très mal.

    Jean-Pierre Petit

    (texte révisé à partir de son intervention lors du festival
Science Frontières 2000.

    Questions posées par Jean-Pierre Lentin, animateur du débat)


Date Sujet  Auteur
06.06. * LA RAISON D'ETAT ET LA SCIENCEquintal
07.06. `- Re: LA RAISON D'ETAT ET LA SCIENCELaFouine
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