Au procès des marchés publics, l'ancien athlète tente de justifier un salaire de complaisance.
Guy Drut ne semble pas comprendre qu'on lui reproche de mettre du beurre dans les épinards. «Dans la mesure où je pouvais améliorer mon ordinaire...» Hier, le tribunal a tenté d'aider l'ancien champion olympique du 110 mètres haies reconverti en politique.
On pourrait se perdre entre ses différentes casquettes : conseiller aux sports de Jacques Chirac (à Matignon dès 1975, à la mairie de Paris de 1985 à 1989, ministre de 1995 à 1997), cumulard de mandats électoraux sous l'étiquette RPR puis UMP (député, maire, conseiller régional), sans oublier ses activités olympiques (membre du CIO), ou maçonniques (au sein de la GLNF). Dans son cursus, un quasi trou noir : de 1989 à 1992, il n'était que député. Insuffisant, selon l'idée que Drut se fait de son train de vie. Il avait alors obtenu un complément comme salarié de la Générale des Eaux, toujours disponible lorsqu'il s'agit d'aider les politiques dans le besoin.
La Générale étant l'un des principaux bénéficiaires des marchés d'Ile-de-France, Guy Drut est poursuivi à titre collatéral. Son ex-employeur était formel : «Il s'agit clairement d'un emploi fictif, même s'il a pu nous présenter quelques personnalités.» A la barre, il minaude sur le terme fictif : «Son statut était particulier.»
Comme souvent en matière d'abus de biens sociaux (Drut a émargé à 750 000 francs en deux ans et demi), il semble prêt à s'accuser de tous les trafics d'influence (pour lesquels il n'est pas poursuivi) afin de justifier son salaire de complaisance. Donc, notre champion olympique national aurait fait du lobbying afin que la Générale des Eaux obtienne une part du gâteau des JO d'Albertville : «J'en ai parlé à Jean-Claude Killy et Henri Sérandour», les deux pontes de l'olympisme français. «J'ai été une clé pour ouvrir les portes des décideurs», ose affirmer Guy Drut, aujourd'hui membre du CIO. C'est dire si Paris 2012 est bien parti.
Drut pousse le bouchon jusqu'à affirmer qu'il aurait mis fin à son contrat avec la Générale des Eaux par souci «déontologique». Durant neuf mois, il avait pourtant cumulé quatre casquettes : maire, député, conseiller régional et employé d'un caïd du BTP. A ce stade, même le président Jean-Louis Kantor se met à chambrer notre hurdler national : «Etes-vous diplômé ingénieur BTP ? La fonction de député est prenante, aviez-vous des besoins économiques ? Il y a un léger décalage avec l'image du champion amateur courant pieds nus.» Drut s'accroche : «J'avais le droit et le temps d'avoir une activité annexe. Pourquoi m'en priver ?» Le président Kantor lui décoche le coup de pied de l'âne : Drut bénéficiait de dividendes (de 100 000 à 800 000 francs par an) d'une boîte de BTP poursuivie dans plusieurs affaires de marchés truqués. De guerre lasse, l'ancien athlète finit par concéder : «J'étais meilleur sur les haies.» Meilleur qu'à la barre, en tout cas.
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