Cher David Lynch,
Vous ne me connaissez pas, et pourtant je suis l'un de vos collaborateurs
les plus assidus. Vous avez affirmé en effet à plusieurs reprises que vos films doivent
être laissés a l'interprétation de ceux qui les regardent.
Par conséquent, j'en déduis qu'ils sont inachevés et que ma petite tête a du faire le
travail que vous n'avez pas fait. J'achève donc régulièrement vos oeuvres par le grè
de mon imagination torturée.
J'ai donc la joie de vous apprendre que pour moi Mulholland Drive constitue un délire
fantasmagorique d'une jolie brune qui n'arrive pas a se dégoter un concours dans la fonction
publique et qui se réfugie dans des fantasmes lesbiens. "Rabbits" représentait pour
moi l'histoire d'un enfant de 8 ans découvrant la mort de son chien (qui s'appelait
"Ralphie"), qui en fait n'était pas accidentelle, mais qui s'est étouffé en essayant
de voler la chaussette d'un SDF (ce que vous représentez devant votre caméra constituant
une image de la vie après la mort réservée aux canins voleurs de chaussettes).
"Dune" ne représente pas pour moi l'adaptation d'un livre de Frank Herbert (ce qui serait
franchement un peu facile), mais plutot un cauchemar issue de l'inconscient collectif
des foules suites a la météo d'Evelyne Dhélia bourée de messages quasi-subliminaux sur le
réchauffement climatique : régulièrement, dans ces émissions, Evelyne Dhélia nous procure
des conseils fort utiles comme : "Débranchez votre frigo.", "Ne roulez qu'en première",
et "Avez-vous vraiment besoin d'eau pour prendre votre douche et de tirer la chasse chaque
fois que vous allez aux toilettes ?" . Ces messages s'impregnent en nous petit a petit, peuple
de TF1, et dans notre inconscient murit l'image d'un monde désertique ou la télé ne fonctionne
plus, et ou la seule activité envisageable consiste a retirer par surprise des "ventouses cardiaques",
créant un orifice mortel dans la poitrine des gens.
La création de ce nouvel orifice témoignerait de certains désirs sexuels inassouvis. Un trou
dans le coeur, vous me suivez ? La distinction quasi-dyonisienne que les pré-socratiques faisaient
du "coïtus" et du ... du... mot latin ou grec qui signfie "amour" ?
Je n'ose vous dire ce que j'ai imaginé pour Inland Empire.
Sachez que je suis en admiration perpetuelle devant vos talents de cinéaste.
Je suis un homme occupé, Mr Lynch. Je n'ai pas pu voir votre dernier chef d'oeuvre, Inmand Empire,
au cinéma. Je ne l'ai pas vu non plus en DVD, je l'ai téléchargé. Non pas pour vous voler, Mr Lynch,
mais parce que je pense que la version DivX dispose d'un grain et d'avatars post-numériques qui accentuent
les effets visuels de votre film que, je vous le rapelle au cas où, vous aviez filmé avec une caméra DV.
Est ce que vous me suivez, Mr Lynch ?
Entre génies incompris du cinéma, nous nous comprenons.
Car voyez-vous, Mr Lynch, moi aussi, j'écris des films. J'ai une dizaine d'idées différentes par jour,
qui me viennent en voyant des choses diverses, comme un plat de pates réfrigérées dans mon Super U,
une racaille en basket a Chatelet Les Halles, ou encore une moisissure bizarre sur mon tapis de bain qui
a fini a la poubelle (cette dernière ne m'ayant, hélas, pas donné d'idée à ce jour, mais je ne désespere pas).
Je rêve de pouvoir un jour passer derrière la caméra, mais comme je vous le disais plus haut : je n'ai
pas beaucoup de temps, puisque je passe les rares minutes que j'ai de libre a satisfaire des lecteurs
(et des lectrices ;) ;) ;) ) de mon blog, a écrire soit des choses absolument ignobles et contraires
aux droits de l'homme, soit des délires complètement incohérent qui n'ont ni queue ni tête.
C'est pourquoi je suis a peu près certain que parmi mon lectorat se cache bon nombre de vos fans.
Ne pouvant ainsi réaliser et mettre en image mes rêves débridés et mon imaginaire visuellement psychotique
(qui cache néanmoins une certaine tendresse), je m'en remets à vous, et vous propose mon dernier
synopsis.
J'imagine que vous le trouverez a votre goût.
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GILBERT AVENUE
L'histoire d'une femme qui découvre ce qu'elle ne croyait
pas qu'elle allait découvrir, et d'un tapir.
Une jeune femme brune marche dans la rue, en pleine nuit. Elle prend une petite allée sur
sa droite et croise un tapir. Elle lui dit "bonjour", mais le tapir continue sa route, sans même
se retourner. La jeune femme le poursuit, jusqu'a un couloir rempli de prostituées aux cheveux roses qui lui
tapent dessus avec leurs sacs a main. Elle en arrache un, et poursuit sa course à la recherche
de l'animal, qui semble pourtant avoir disparu.
La jeune femme brune (qui s'apelle Esperanza Pinta) se réveille ensuite chez elle. Etait-ce un rêve?
Elle ne sait pas, toujours est il qu'elle trouve dans le sac a main une petite boite rose, qu'elle
n'arrive pas a ouvrir, et également une photo.
"Bonjour", fait alors une voix derrière elle. Elle se retourne, et découvre son mari (Roberto),
qui se trouve étrangement être l'homme de la photo. Elle l'interroge, le harcele, une dispute
éclate, mais Roberto nie avoir dans ses relations ce genre de personnes de mauvaise vie (il faut
dire que Roberto est Inspecteur du Trésor Public). Son couple étant déjà en crise, Esperanza annonce
a Roberto qu'elle va demander le divorce. Roberto lui répond d'accord, à une condition : qu'il soit
prononcé un jeudi.
Esperanza se rend a son travail, elle y rencontre sa patronne (une jeune femme blonde, qui s'appelle
Ricalanzelada (on verifiera plus tard si ce prénom existe vraiment, au moment du tournage, David, sinon,
il faudra laisser une place pour l'improvisation, mais vous avez l'habitude). Esperanza Pinta
est publicitaire, et on lui confie un nouveau travail : annoncer l'arrivée en ville sur Gilbert Avenue
d'une gigantesque exposition de tapirs empaillés. Esperanza se met donc à la réalisation d'une affiche,
et y travaille toute la journée.
Ricalanzelada quitte le travail tôt et se rend a son restaurant québecois favori. Elle y commande
un gros plat de frites, et pendant 4 minutes environ, la caméra s'attarde sur le plat de frites que l'on
peut la voir déguster dans son intégralité. Le téléspectateur peut croire qu'on se moque de lui, et
qu'il perd son temps et laisser glisser son attention ailleurs. A cet effet, il est bon de le récompenser
avec des images "quasi subliminales" de gros plans sur la bouteille de ketchup.
Il fait encore jour qu'elle a fini de manger. Elle s'interroge, ainsi qu'un passant dans la rue :
"Quel jour sommes-nous aujourd'hui ?"
"Mardi."
"Tiens c'est étrange." répond-elle au passant médusé.
Un cri se fait entendre dans une allée pas loin, elle fonce a l'endroit d'ou provient le son, et se
retrouve dans la même allée qu'Esperanza au début du film. Mais il n'y a pas de prostituées dans cette
rue, juste des dockers qui jouent a la pelote basque. Elle leur demande si ils ont entendu un cri,
ils répondent que non, mais qu'ils ont vu passer une jeune femme brune qui avait visiblement l'air
pressé.
Etant donné qu'Esperanza est la seule femme brune du film, Ricalanzeda lui passe un coup de fil.
Mais c'est Roberto qui répond. Il ne sait pas ou est passé Esperanza.
Roberto raccroche le téléphone et retourne se coucher. Pendant ce temps, Esperanza est en fait
dans la salle de bain, enfermée. Elle se découvre un tatouage de tapir sur le haut de l'omoplate
droite. C'est étrange, elle n'a pas le souvenir de s'être faite tatouée.
Le lendemain matin, Esperanza retourne travailler mais elle n'a pas l'esprit tranquille. Sa patronne,
Ricalanzeda non plus. Toutes deux fondent en larme sur le même bureau. Elles n'ont pas conscience
que derrière elles, des mimes font des signes étranges, mimant possiblement soit la pluie qui tombe,
soit "jeudi".
La pluie se met alors a tomber sur Gilbert Avenue (qui est visible de la fenêtre d'Esperanza), mais
pas ailleurs. Esperanza se dit que "tiens! c'est peut etre la bas que je trouverai la réponse
a toutes mes questions !".
Elle sort du travail plus tot que prévu, et fonce dans son cabriolet sport vers Gilbert Avenue.
La rue est déserte, a l'exception de joueurs de pelote basque. Elle leur montre la boite rose du sac
de la prostituée et leur demande de la rendre a sa propriétaire.
"Mais c'est vous, la propriétaire." répond Mauricio (le joueur de pelote basque)
"Ne soyez pas insultant." s'exclame, choquée, Esperanza.
Elle montre la photo de son mari a Mauricio, qui s'enfuit en courant en hurlant "El pollo
diablo ! El pollo diablo !" . Esperanza ne comprend pas. Elle retourne se coucher.
Arrive le petit matin, et c'est le drame : Esperanza se réveille dans le corps de Ricalanzeda,
qui se réveille dans le corps de Roberto, qui se réveille dans le corps d'Esperanza (pas physiquement,
mentalement, je veux dire.)
C'est à ce stade du film que tout devient bizarre.
Dans son lit, le tapir du début du film se réveille en sursaut et s'éponge le front de sueur.
Il regarde à ses côtés : il y découvre une boite rose. La caméra fait un travelling de la chambre,
révelant un calendrier mural indiquant... jeudi.
FIN.
Je ne sais pas ce que vous en pensez. Personellement, je trouve que c'est un
chef d'oeuvre qui respecte a la lettre votre univers artistique.
Bisoux,
-Mickmils
Journalisme total ?
http://Mickmils2.free.fr