Sujet: [Avis] 300, de Zack Snyder - 2006
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Date: 26. Mar 2007, 00:15:01
Réalisation : Zack Snyder
Scénario : Zack Snyder, Kurt Johnstad et Michael B. Gordon sur un comics de Frank Miller et Lynn Varley
Avec : Gerard Butler, Lena Headey, Dominic West, David Wenham, Rodrigo Santoro, etc.
Durée : 1h57
Genre : Fantastique/Péplum
USA - 2006
Détails :
http://www.imdb.com/title/tt0416449/
Sortie en France/Belgique : 21 mars 2007
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Zack Snyder, réalisateur du remake de Dawn of the Dead voilà trois ans, travaillait depuis pas mal d’années déjà sur cette adaptation du comics de Frank Miller. En gros, il s’agit d’une version alternative de la bataille opposant plus ou moins 300 spartiates, sous la direction du Roi Léonidas, à une armée de plusieurs centaines de milliers de perses, mené par le Roi-Dieu Xerxes. La réalité historique, pour autant qu’on puisse en juger par les quelques récits qu’il nous en reste, n’est pas tout à celle-là . En fait, les perses étaient moins nombreux que ça et les spartiates n’étaient pas seuls sur le champs de bataille, loin de là . Mais l’idée générale est là : le courage, l’abnégation (ou peut-être la folie sanguinaire) de quelques centaines d’hommes a suffit pour mettre en échec temporairement une force nettement plus importante menée par un chef de guerre expansionniste.
Mais en fait, le film de Snyder, seconde adaptation cinématographique de cette fameuse bataille 45 ans après The 300 Spartans de Rudolph Maté (USA, 1962), use de cette histoire comme d’un prétexte. Si Miller, dans de nombreuses interviews, confie que sa vision du héros a été modifiée par le film de Maté et que cette histoire le fascine, il y a fort à parier que Snyder a plus été inspiré par la BD d’icelui que par le mythe original. Car 300 est avant tout un exercice de style. Et un film, accessoirement. L’introduction qui sert à contextualiser l’histoire (la jeunesse de Léonidas, se battant pour survivre à l’extérieur de la cité, contée par David Wenham, qui joue ici l’un des fameux 300) est bouclée en quelques minutes. Ces personnages n’ont pas vraiment d’épaisseur, de background : ils sont unidimensionnels ; ce sont des héros musclés et sanguinaires, point barre.
En l’absence de développement scénaristique, ce sont les scènes de combat qui ont la part belle. D’ailleurs les scènes de transition, entre deux assauts des forces perses, sont réellement des scènes de transition. Le fil conducteur secondaire qui oppose la femme de Léonidas à un intrigant politique corrompu sont de brefs moments de répit permettant au spectateur de souffler entre deux scènes de boucherie. Et le mot est choisi avec soin ; contrairement au code établi depuis près de sept ans avec la sortie de Gladiator (et confirmé dans tous les films “héroïques” sortis depuis), la manière de filmer les combats est probablement l’aspect révolutionnaire de 300. Ici, pas de plans saccadés et flous à la Ridley Scott ou à la Peter Jackson. La règle est à l’esthétisation maximale de la violence, par une succession de ralentis et de temps réels (et parfois d’accélérés) toujours centré sur les combattants et le mouvement des épées. Les spartiates dansent entre les perses, tranchant allègrement têtes, membres et carotides à grand renfort de détails visuels et de gerbes de sang. C’est du Shaw Brothers avec un gros budget. Là aussi, le parallèle n’est pas anodin, puisque la violence dépeinte dans 300 n’est absolument pas réaliste. Les formations guerrières des spartiates, art développé et étudié par ceux-ci, est abandonné au profit d’une gestuelle esthétique dotée d’un meilleur rendu visuel et filmique, du propre aveu de Snyder. De même, décapité d’un seul coup un ennemi avec une lame en bronze est impossible (à moins d’avoir une force musculaire inhumaine dans le bras, façon Nadal.. ^^).
Du coup, à l’instar des scènes de bataille de Kill Bill, le but est de faire dans le visible, dans la chorégraphie et dans l’exagération, histoire que ces scènes d’incroyable boucherie fasse plus sourire (de fascination) que peur. C’est en cela que 300 diffère d’ailleurs de Sin City, autre adaptation de comics réputé violente, qui, également dans un travail d’ordre esthétique, prend lui le parti-pris du côté dégoutant de la chose. De plus, l’avantage de tourner full-numérique (un seul plan est réalisé en prise de vue réelle dans 300, un gros plan d’une cavalerie approchante qui ne rendait pas bien sur ordinateur) permet un crescendo dans la violence et l’exagération des situations. Commençant par des fantassins, les spartiates auront a se défaire entre autre de ninjas-zombies, d’éléphants, de rhinocéros, et de l’un ou l’autre monstre spectaculaire (mention spéciale à l’homme aux avant-bras taillés en lame tout droit sorti de l’imaginaire ID Software).
Face à cette débauche incroyablement réussie d’effets spéciaux (la boîte principale derrière ceux-ci est la même que pour Sky Captain and the World of Tomorrow, film boiteux mais injustement méconnu au regard de sa réussite là -aussi formelle), les personnages en sont réduit à une série de clichés extrêmement simples à appréhender. Puisqu’il n’y a pas de contextualisation ou de développement scénaristique notable, la meilleure solution (et c’est celle qui fut adoptée) est de recourir à une astuce datant de la littérature pulp. Pour ceux qui ne connaitraient pas, ce sont les revues cheaps qui publiaient entre autres Howard (Conan) et Lovecraft au début du vingtième siècle aux USA. Les personnages, résumés en quelques très caractéristiques reconnus par tous, sont fascinant justement par la dimension unique, lisse et prévisible de leur comportement. Léonidas est un brave qui n’a pas peur de la mort et qui cherche à défendre son idéal de vie au-delà de tout. Xerxes est un démiurge fou qui rêve de conquête au mépris de la vie de ses hommes. Voilà en deux phrases résumé toute la complexité des personnages, in extenso ! Mais c’est bien sûr également pour ça qu’ils sont attachants (ces deux personnages, pour des raisons très différentes, sont très réussis), car on sait par avance ce qu’ils vont faire et qu’il y a un plaisir enfantin à les voir poursuivre leurs choix manichéens sans même l’ombre d’un doute.
Du coup, le choix de caster des inconnus me semble une très bonne idĂ©e. La tĂŞte la plus connue, David Wenham (FaramĂr dans le SdA), a un rĂ´le assez secondaire. Et la plupart des rĂ´les principaux sont des seconds couteaux dans des films pas toujours formidables ; Gerard Butler (LĂ©onidas) s’est surtout illustrĂ© dans des films d’action assez sĂ©rie Z, du genre Beowulf & Grendel (2005 - mĂŞme pas de sortie vidĂ©o par chez nous), Lara Croft II (!) ou Reign of Fire (qui Ă©tait un concept sympa mais un peu juste dans sa rĂ©alisation) ; mĂŞme chose pour Lena Headey (la Reine Gorgo) ou Dominic West (ThĂ©ron, l’intrigant traitre) et ses petits rĂ´les dans Chicago (2002) ou 28 Days (2000). Vincent Regan, le second de LĂ©onidas, retrouve Ă peu près le rĂ´le qu’il avait dans Troy (2004) oĂą il jouait le second de Brad Pitt. Et Rodrigo Santoro, acteur hispanique dĂ©sormais rĂ©gulier de la troisième saison de Lost, crĂ©e la vĂ©ritable surprise en interprĂ©tant un Xerxes parfois inspirĂ© du mĂ©chant pharaon extra-terrestre de Stargate (NB : Rodrigo Santoro n’est pas noir et ne mesure pas trois mètre, par contre c’est bien sa vraie voix dans le film, bien que diminuĂ©e de plusieurs octaves numĂ©riquement). Et tous ces acteurs s’en sortent bien, n’hĂ©sitant pas Ă faire dans l’excès puisque c’est ce que leurs personnages requièrent. Butler se permet mĂŞme quelques traits d’humour bien sentis, rendant son personnage, moralement difficilement dĂ©fendable, d’autant plus sympathique.
Bref, 300 est un objet intéressant. Les critiques sont prévisibles ; clip-esque, apologie et banalisation de la violence, scénario timbre-poste, etc. Tout cela est vrai. Mais à côté de cela, le film touche par moment au poétique (la scène de pythie adolescente dansant littéralement en apesanteur vaut son pesant de cacahouètes) et à d’autre moment à la jouissance primaire simple : une troupe de quelques centaines d’hommes qui s’avancent sur fond de rock électronique le sourire aux lèvres pour se fritter avec des ennemis en surnombre et des monstres en tout genre, ça hérisse les poils du dos de plaisir anticipé. Régression sans doute, mais régression innocente. Je pourrais également parler des pseudo-débats lancés par les médias et critiques américains et européens, à savoir l’inévitable parallèle post-11 septembre et le côté gay, mais les réponses me semblent simple. La bataille des Thermopyles date d’il y a près de 2500 ans et ceux qui voient dans les tablettes de chocolat huilées de Butler et consorts un côté sexy devraient effectivement se poser des questions sur leur propre orientation sexuelle. Pas que ça me dérange, mais il me semble tout de même que cela relève de la sur-interprétation d’un film qui n’entend, après tout, pas nous donner de leçons ou de messages. C’est du “pure entertainment” consommable sur place. Et dans le genre, c’est franchement réussi. Surtout, je le répète, esthétiquement parlant.
PS : et les fans du film ou des adaptations de comics seront heureux d’apprendre que le prochain film de Snyder ne sera autre que Watchmen.
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