25 juillet 1943 - Chute de Benito Mussolini -
Le débarquement allié du 10 juillet 1943 en Sicile et la rapidité
avec laquelle les Anglo-Américains avancent dans l'île sèment
la consternation partout dans la péninsule italienne.
Ces évenements préoccupent sérieusement le gouvernement italien,
accroissent la mauvaise humeur au sein du parti fasciste de Benito
Mussolini et dans les hautes sphères militaires.
http://en.wikipedia.org/wiki/Benito_Mussolini
Italie. C'est dans sa résidence de Villa Torlonia que le Duce
reçoit la nouvelle du débarquement allié.
Les militaires italiens l'assurent que les défenses "tiennent",
mais dans l'après-midi du 10 juillet, il apprend en rentrant
au Palazzo Venezia qu'Augusta, en Sicile, est tombée
aux mains des troupes britanniques.
Il y a de quoi être inquiet, car du 11 au 14 juillet la situation
s'est encore aggravée dans l'île pour les forces de l'Axe.
Le 16 juillet, un groupe de dignitaires fascistes demande audience
à Mussolini. La délégation groupe, autour du secrétaire général
du parti fasciste italien Carlo Scorza: De Cicco, Giacomo Acerbo,
Giuseppe Bottai, Emilio De Bono, Cesare Maria De Vecchi,
Roberto Farinacci, Giovanni Giuriati et Attilio Teruzzi.
Comme l'expliquera Scorza, la demande d'audience est motivée
par les raisons suivantes: d'une part, tous les dignitaires sont
mobilisés pour relever le moral du peuple par des discours
de propagande. Mais, d'autre part, on les laisse sans directives
et dans l'ignorance totale de ce qui se passe sur le front sicilien.
A la question précise de Mussolini: "En somme, que voulez-vous?",
Scorza propose timidement qu'on réunisse le Grand Conseil
fasciste, organe suprême du régime.
D'autres dignitaires (Bottai, Farinacci, Giuriati) appuient la demande
de Scorza. Par toutes sortes d'arguments, ils cherchent à convaincre
le Duce que c'est à ce niveau qu'il convient de débattre un problème
aussi important pour le sort de la nation. D'ailleurs, Bottai fait
remarquer que la dernière séance du Grand Conseil s'est tenue
le 7 décembre 1939. Mussolini élude la question par un ajournement,
alléguant qu'il doit ces jours-ci préparer sa rencontre avec Hitler,
prévue le 19 juillet à Feltre. Il examinerait alors la chose à son
retour à Rome. L'audience du Grand Conseil fasciste est terminée.
On reparle de la convocation du Grand Conseil après le rendez-vous
de Feltre et le premier bombardement aérien allié sur Rome, qui a lieu
ce même 19 juillet.
Le 21 juillet au matin, Scorza, secrétaire du parti fasciste, annonce
à Grandi que le Duce lui a donné l'ordre de réunir l'organe suprême
du régime. La convocation est prévue pour le 24 juillet à 17h.
Dans l'après-midi du même jour, Grandi achève la première rédaction
provisoire d'un ordre du jour qu'il entend présenter au Grand Conseil
Fasciste afin d'obtenir des éclaircissements de la part du Duce.
Le 22 juillet, le document arrive sur le bureau de Mussolini, apporté
par Scorza toumenté par le problème de sa loyauté envers le Duce.
D'après Scorza, la réaction de Mussolini a été terrible. "Le Duce,
écrit-il, est entré dans une violente colère... puis il a ajouté
que le moment était enfin venu d'étaler ses cartes..." On décide
cependant de rédiger un ordre du jour différent de celui
de Grandi, qui sera présenté et soumis au Grand Conseil fasciste.
Le 24 juillet, aux premières heures de l'après-midi, Dino Grandi dicte
le texte définitif de son ordre du jour. Le passage le plus important
est celui où il déclare qu'il est nécessaire de rétablir immédiatement
toutes les fonctions de l'Etat, en attribuant à la Couronne italienne,
au Grand Conseil, au gouvernement, au Parlement, aux corporations
les tâches et les responsabilités établies par les lois statutaires
et constitutionnelles.
En outre, le Grand Conseil fasciste doit inviter le gouvernement
à insister auprès du roi "pour qu'il consente à assumer,
par le commandement effectif des forces armées de terre,
de mer et de l'air, cette suprême initiative de décision que
lui attribuent nos institutions..." Il s'agit là d'une véritable
rébellion contre Mussolini.
Grandi fait parvenir au roi une copie de son document avec une lettre
dans laquelle il demande à Victor-Emmanuel, "en cette heure grave
et décisive pour le destin de la nation et de la monarchie italienne",
de ne pas abandonner la patrie.
La réunion du Grand Conseil fasciste a lieu le 24 juillet, à 17h
précise. Y prennent part Emilio De Bono, Cesare Maria De Vecchi,
le secrétraire général du parti fasciste italien Carlo Scorza,
le président du Sénat italien Giacomo Suardo, Dino Grandi,
Giacomo Acerbo, le gendre de Mussolini Galeazzo Ciano,
le général Enzo Emilio Galbiati, Carluccio Pareschi, le ministre
d'Etat Gaetano Polverelli, Roberto Farinacci, Albrini, Frattari,
Gottardi, Rossoni, De Marsico, Biggini, Federzoni, Bastianini,
Bottai, Cianetti, Tringali-Casanova, Alfieri, De Stefani, Balella,
Buffarini-Guidi, Bignardi et Marinelli.
http://en.wikipedia.org/wiki/Grand_Council_of_Fascism
Dans un long préambule d'autodéfense, Mussolini rappelle comment
on en est arrivé à la convocation du Grand Conseil fasciste.
Il fait le point de la situation militaire sur les différents fronts,
déclare que ce n'est pas lui qui a voulu assumer le commandement
suprême des forces armées italiennes, mais que cette charge lui
a été confiée par le Roi Victor-Emmanuel III le 16 juin 1940.
Il relate ensuite à grands traits les évenements les plus importants
du conflits en Afrique du Nord, du débarquement américain en Algérie
à l'abandon de la Tunisie par les forces de l'Axe, de la chute
de Pantelleria au débarquement allié en Sicile. Il conclut par
une péroraison sur le thème de la popularité ou de l'impopularité
des guerres: "Quand les guerres tournent mal, elles sont le fait
de l'homme qui les a déclarées. Mais elles sont l'affaire de tous...
quand elles sont victorieuses."
La discussion commence... L'intervention la plus attendue est évidemment
celle de Grandi, qui expose son ordre du jour en termes clairs,
sans sous-entendus, comme l'a précisément demandé Mussolini
en commençant son exposé. De ses paroles se dégage une vérité
déconcertante: le régime fasciste se rebelle contre son chef.
De son côté, le comte Ciano, ancien ministre des Affaires étrangères
et gendre de Mussolini, accuse l'Allemagne de ne pas avoir tenu
ses engagements. De toute façon, la situation est si grave que même
les sacrifices les plus lourds ne pourraient ranimer la plus petite
chance de victoire.
Vers minuit, Scorza propose un renvoi de la séance au lendemain matin.
Grandi s'y oppose vivement. Le Duce cède, mais suspend la séance
pour seulement une demi-heure. Tandis que Mussolini s'entretient
avec Scorza et d'autres fidèles, Grandi recueille les signatures
de ceux qui entendent soutenir son ordre du jour.
Le premier à signer est De Bono, suivi de De Vecchi et Ciano,
puis Acerbo, De Steffani, Cianetti, De Marsico, Pareschi, Gottardi,
Balella, Bignardi, Guardo, Rossoni, Albini, Marinelli.
A la reprise de la séance, Grandi remet l'ordre du jour signé
sur le bureau de Mussolini. D'autres interventions se succèdent,
qui définissent la position de chacun des membres du Grand Conseil
fasciste.
Piqué au vif, Mussolini réplique et réussit pour quelques instants
à faire pencher la balance de son côté. Lorsqu'il s'écrie, par exemple,
que si ce document a pour but de renverser le régime, il vaut mieux
le dire clairement. Mais Grandi esquive le coup en déclarant que
la personne du Duce est hors discussion ("le Duce n'est pas concerné").
Au milieu des accusations, des ressentiments personnels, des répliques
acerbes et des remarques des uns et des autres, il est maintenant
3h du matin quand Mussolini déclare ouvert le vote des ordres
du jour présentés. Celui de Grandi, et celui de Scorza, qui assure
au Duce un appui inconditionnel. Le document Grandi est approuvé
par 19 voix pour, 8 voix contre et 1 abstention. "L'ordre du jour
de Grandi est approuvé", dit Mussolini, puis il ajoute: "Messieurs,
par cet ordre du jour, vous avez ouvert la crise du régime."
Le lendemain, 25 juillet, Mussolini est convoqué à 17h par le Roi Victor
Emmanuel III, bien décidé à s'en débarasser une fois pour toute.
Le Grand Conseil fasciste, en ne votant pas la confiance,
lui a notablement facilité la tâche. Mussolini lui fait remarquer
que, d'après la loi, le vote n'a qu'une simple valeur consultative.
Victor-Emmanuel réplique sèchement: "Non, mon cher Duce, le vote
du Grand Conseil est terrible dans sa substance, ne vous faites pas
d'illusions." Mussolini semble résigné. Il demande: "Que va-t-on
faire de moi? Et de ma famille?"
Le Roi le rassure et, à 17h20, le raccompagne à la porte.
A 17h50, le 25 juillet 1943, le maréchal Pietro Badoglio est nommé
Premier ministre et reçoit du souverain la charge de former le nouveau
gouvernement italien.
L'une de ses premières dispositions est d'interdire toute indiscretion
sur "la Nuit du Grand Conseil".
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