12 septembre 1943 - Libération de Benito Mussolini au Gran Sasso -
Le soir du 25 juillet 1943, dès qu'il apprend la nouvelle
de l'arrestation de Benito Mussolini par les autorités italiennes,
la première réaction d'Adolf Hitler est de préparer un plan
pour sa libération.
24 heures plus tard, arrive au GQG de Hitler en Prusse-Orientale,
la Wolfsschanze ("Tannière du Loup") à Rastenburg, le capitaine
des "Opérations Spéciales" (Spec-Op) Otto Skorzeny.
Skorzeny, qui porte une profonde cicatrice sur la joue gauche,
est un spécialiste en actions de commandos.
http://www.germandaggers.info/Skorzeny.htm
http://en.wikipedia.org/wiki/Grand_Sasso
Hitler le charge de libérer "l'ami Mussolini" le plus vite possible,
avant que le nouveau gouvernement italien n'ait le temps
de le remettre aux Alliés.
Pour brouiller les services de renseignement alliés, Skorzeny agira
en coulisse aux ordres directs du général d'aviation Kurt Student,
mais c'est en fait Hitler qui lui donnera les ordres.
Le 27 juillet 1943, en début d'après-midi, Skorzeny et Student
atterrissent à l'aérodrome de Rome puis gagnent Frascati,
où se trouve le QG du maréchal Albert Kesselring,
commandant en chef des troupes allemandes en Italie.
Pour Skorzeny, il s'agit avant tout de découvrir où les Italiens
cachent Mussolini. Au premier abord, ce n'est pas trop difficile,
puisqu'à ce moment, le Duce est encore à Rome.
Le soir même, grâce à l'aide des officiers SS Herbert Kappler
et Eugen Dollmann, Skorzeny découvre que Mussolini est gardé
prisonnier dans une caserne de carabiniers. Il s'agit cependant
d'une découverte inutile, puisque ce même soir, le maréchal Pietro
Badoglio, qui se méfie, décide le transfert immédiat du prisonnier
en un lieu plus sûr.
Mussolini est conduit en grand secret dans l'île de Ponza.
Pour Skorzeny, c'est un contretemps fâcheux, et il doit repartir
de zéro. Avec obstination, il reprend ses recherches.
Au bout de quelques semaines, ses investigations, favorisées
par la chance, lui permettent de répérer dans l'île en question
la nouvelle prison de Mussolini.
Son plan de libération était déjà prêt quand la proie lui échappe
une seconde fois.
Le gouvernement italien, qui a peut-être été averti ou qui a deviné
le but de la mission de Skorzeny en Italie, transfère son prisonnier
le plus célèbre dans l'île de la Maddalena, au nord-est de la Sardaigne.
Skorzeny reprend ses recherches, facilité dans un pays où les secrets
ne se gardent que dans les confessionaux. Un vol de reconnaissance
allemand au-desus de la Maddalena confirme du reste les soupçons
de Skorzeny. Autour de la villa Weber, en effet, où il supposait
qu'on gardait Mussolini, le dispositif de surveillance est assuré
avec un soin particulier.
Pour en être sûr et ne pas se tromper, Otto Skorzeny a recours
à un stratagème, aidé par un de ses collaborateurs, le lieutenant
Warger. Celui-ci débarque à la Maddalena, habillé en marin.
Au cours d'une discussion dans une auberge, il incite un client
ivre, un négociant de fruits et légumes de l'île qui fournit
chaque jour la villa Weber: "Parions que le Duce est mort!".
Le faux marin perd son pari [de bon coeur, n'en doutons pas],
mais Skorzeny peut maintenant adapter son plan.
Aprouvée par Hitler, l'opération pour la libération de Mussolini,
qui consiste à un débarquement et une attaque armée en règle
par des unités allemandes, est prévue pour le 28 août.
Mais, encore une fois, la proie glisse entre les mains des Allemands.
Très méfiantes, les autorités de l'île, et surtout ceux qui gardent
Mussolini, ont pensé à juste titre que le vol de reconnaissance allemand
au-dessus de la Villa Weber cachait une mauvaise surprise.
C'est ainsi qu'un troisième transfert, en fait le dernier, est décidé.
Le 27 août 1943, veille du jour prévu pour l'attaque allemande,
un hydravion de la Croix-Rouge quitte la côte de la Maddalena
avec à son bord Mussolini.
Destination évidemment inconnue. Warger et Skorzeny, qui sont
sur l'île, s'aperçoivent bien vite que le Duce n'est plus présent.
L'opération est donc une nouvelle fois annulée.
Skorzeny ne renonce pourtant pas, et se remet à tisser sa toile.
Cette fois, la chance se présente sous la forme de Herbert Kappler,
officier supérieur des Renseignements de la SS, qui apprend qu'autour
du Gran Sasso "des mesures de sécurité inhabituelles sont en place".
Skorzeny fait le rapprochement et considère que cette piste lui semble
bonne. Dans cette région se trouve le vaste plateau de Campo Imperatore,
importante station de ski dont l'hôtel n'est accessible que par
le funiculaire qui part du village d'Assergi. Un endroit donc très
difficile à atteindre, présentant les conditions nécessaires pour
garder une personnalité d'une grande importance.
Ce n'est qu'une impression, mais Skorzeny veut en avoir la certitude.
Une tentative manquée, une erreur d'estimation peuvent dévoiler
les intentions des Allemands et mettre sur le qui-vive les autorités
italiennes, qui prendraient alors des mesures encore plus drastiques
pour garder le prisonnier.
La certitude que les suppositions de Skorzeny et de Student sont fondées
est fournie par le médecin-lieutenant allemand Leo Krutoff. Celui-ci est
chargé de se rendre à Campo imperatore pour y préparer l'admission,
pour une période de convalescence, de soldats alemands atteints
de malaria [c'est du moins la version donnée à l'officier médecin].
Mais Krutoff ne peut mener à terme se mission, car, lorsqu'il arrive
au village d'Assergi pour prendre le funiculaire, il en est brusquement
ezmpêché par des carabiniers. La zone du Gran Sasso a en effet été
déclarée "zone militaire". Impossible d'y accéder.
C'est tout à fait ce que voulait savoir Skorzeny, qui prépare alors
un plan audacieux prévoyant l'atterrissage sur le terre-plein, juste
derrière l'hôtel, de plusieurs planeurs et d'un commando d'une centaine
de parachutistes. Entreprise des plus risquées, étant donné la nature
accidentée du terrain et l'exiguïté de la longueur de piste nécessaire
au redécollage.
En dépit des avis contraires des "techniciens", qui estiment l'opération
sinon impossible, du moins trop risquée, Otto Skorzeny obtient de Hitler
l'autorisation de la tenter.
Et le 12 septembre 1943, vers 13h, douze avions allemands décollent
secrètement de l'aérodrome de Pratica di Mare, hameau de la commune
de Pomezia, dans la province de Rome.
L'atterrisage à Campo Imperatore se révèle très difficile,
mais finalement satisfaisant. Un seul avion est détruit
à l'atterrissage, et plusieurs autres gravement endommagés.
Immédiatement, Skorzeny et les parachutistes allemands courent
vers l'hôtel au milieu de la surprise générales des Italiens.
Les carabiniers de garde à l'entrée de l'hôtel sont encore plus
désorientés par le présence du général des carabiniers Fernando
Soleti, que Skorzeny a amené avec lui pour brouiller les idées
des gardiens de Mussolini.
En l'espace de quelques minutes, les carabiniers sont neutralisés
et l'hôtel est aux mains des Allemands, pratiquement sans combats
et sans aucune perte humaine. Skorzeny exhorte lui même en italien
le commandant italien du site à ne pas réagir pour éviter une inutile
effusion de sang. Et cela marche! Le conseil du capitaine allemand
est suivi scrupuleusement.
Ensuite, Mussolini prend place avec Skorzeny à bord d'un Fieseler
Storch, un monoplan à aile haute, utilisé pour la circonstance à Campo
Imperatore, vu l'impossibilité de quitter autrement que par la voie
des airs le plateau sans risquer d'être découvert. C'est le capitaine
Heinrich Gerlach, pilote personnel du général Kurt Student
et as de la Luftwaffe, qui pilote l'avion.
Pour pouvoir pouvoir repartir avec Skorzeny et Mussolini, car d'après
Gerlach, Skorzeny est à coup sûr de trop pour les capacités de l'avion,
on a recours à une manoeuvre fort simple: les parachutistes allemands
retiennent l'avion par les empennages à l'arrière, jusqu'à ce que
le pilote mette les gaz et le régime du moteur au maximum.
Et à un signal donné, l'avion, libéré, "bondit en avant" vers le ravin.
L'avion disparait quelques secondes interminables, mais on le voit
réapparaître et grimper dans le ciel. Les parachutistes allemands
respirent. A Pratica di Mare, où il atterrit, Mussolini est embarqué
a bord d'un bombardier Heinkel He-111 qui l'ammène à Vienne,
puis à Munich, où il retrouve sa maîtresse, Clara Petacci,
le lendemain.
Le 14 septembre 1943, à Rastenburg, le Duce rencontrera Hitler
à la "Tannière du Loup"
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