2008, année de la pomme de terre
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Date: 09. Jun 2008, 15:32:33
2008, bien plus que l’anniversaire de Mai 68, c’est l’année internationale de la pomme de terre qui nous a apporté bien davantage de satisfactions !
Le Pérou et le Chili, éternels rivaux des Andes, s’affrontent à nouveau cette fois ni sur un champ de bataille ni pour l’origine de l’alcool de Pisco, mais sur la paternité de la pomme de terre. La querelle est repartie de plus belle entre les deux pays voisins qui affirment chacun que le tubercule a vu le jour sur son sol. Bataille d’experts à l’appui.
Les Péruviens rejettent les assertions du ministère chilien de l’Agriculture selon lequel 99% des pommes de terre existant dans le monde ont un lien génétique avec celles cultivées au Chili.
« La pomme de terre chilienne procède de la péruvienne, cela est indiscutable, et le tubercule a son origine au Pérou », assure Juan Risi Carbone, chef de l’Institut de recherche agraire (INA) du ministère de l’Agriculture péruvien.
« C’est à partir de la région Titicaca, dans le sud-est du Pérou, que la pomme de terre s’est propagée dans la région andine et notamment au Chili », ajoute le scientifique. « Elle est aussi péruvienne que la citadelle inca du Machu Picchu ou que les lignes de Nazca » (dessins pré-inca dans le désert au sud de Lima).
La pomme de terre péruvienne est arrivée en Europe en 1570 et la chilienne 241 ans plus tard, en 1811, insiste l’agronome, en s’appuyant sur les travaux de David Spooner, un scientifique de l’Université du Wisconsin, aux Etats-Unis.
La presse du Pérou, à la fibre nationaliste, accuse le Chili de vouloir lui « voler la pomme de terre péruvienne », comme ce fut le cas pour le Pisco, un alcool de raisin que les Chiliens ont aussi revendiqué.
Même le célèbre dessert dont les Péruviens sont friands, le suspiro limeno (soupir liménien), a été transformé en « suspiro de Santiago ».
De son côté, le ministre de l’Agriculture du Chili, Marigen Hornkhol, a fait inscrire au registre du Service de l’agriculture et de l‘élevage 280 sortes de pommes de terre, originaires de l‘île de Chiloe dans le sud du pays. Selon les scientifiques de ce pays, 90% des 7 000 variétés existant aux Pays-Bas ont des origines chiliennes…
Quant au Pérou, il recèle avec environ 3 000 espèces la plus grande diversité de pommes de terre au monde, affirment les experts du Centre international de la pomme de terre (CIP), à Lima. En fait, chacun à raison.
C’est « à nouveau une dispute nationaliste », commente un chercheur du CIP qui refuse même d‘être cité, tellement l’affaire est polémique !
« Il est vrai que 75% des variétés mondiales cultivées en dehors des Andes proviennent de Chiloe et de son archipel, mais il est aussi vrai que des évidences génétiques montrent que les andigenum, tubercules des Andes et les chilotanum (de Chiloe) ont une origine commune », précise-t-il.
La pomme de terre de Chiloe, introduite par les Espagnols, s’est beaucoup mieux adaptée au vieux continent parce qu’elle provenait d’une région possédant une latitude similaire avec une lumière et une altitude proches des conditions européennes. Un troisième larron menace à présent de se mêler aux débats : la Bolivie, qui borde avec le Pérou le lac Titicaca, prétend avoir trouvé sur son sol des traces de tubercule encore plus anciennes…
Monsieur Parmentier, on ne l’oubliera jamais
Ce qui est incontestable en revanche, c’est la paternité de la pomme de terre comestible que l’on reconnaît à Parmentier. (« Monsieur Parmentier on ne l’oubliera jamais » chantait Michel Delpech dans les années 1970). Parmentier n’a jamais « inventé la pomme de terre » comme le croient certains écoliers rêveurs, mais il a démontré aux Français que l’on pouvait la consommer. Il en répandit la culture en France dans les années 1770, alors même qu’en France le précieux tubercule servait à nourrir les cochons.
Prisonnier des Prussiens, Antoine-Augustin Parmentier avait compris qu’il fallait la faire cuire. La pomme de terre a dès lors été d’une aide précieuse pour lutter contre les ravages de la famine en France.
Au grand dam des philosophes qui se sont dressés contre Parmentier : « Il veut nous faire manger de la nourriture pour cochons ! »
Aujourd’hui en 2008, sous de nombreuses formes délicieuses, raffinées, sophistiquées (et parfois très chères !) de la Ratte du Touquet à la Belle de Noirmoutier en passant par la classique Charlotte, la pomme de terre, la populaire « patate » est le végétal de base du l’alimentation humaine en France. Ses multiples préparations, accommodements en font un mets de choix sur la table familiale (frites, purée, robe des champs, gratins) comme entre les mains des chefs étoilés (pommes de terre aux truffes ou perlées de caviar). Si l’on imagine très bien un monde sans « l’héritage de mai 68 », impossible de concevoir notre pays privé de pommes de terre…
| Date | Sujet | | Auteur |
| 09.06. | 2008, année de la pomme de terre | | Taureau Assis |
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